}

L’Algérie, une menace sous-estimée pour la France ?

Emble Algerien

Quand on regarde les événements récents de la France, les hauts et les bas s'enchaînent à toute allure, enfin, il y a surtout des bas et trop souvent il y a des politiques en prophètes, en grands visionnaires successifs, ne cadrent pas le jeu et leur trahison au peuple est bien là : L’Algérie, toujours l’Algérie et encore l’Algérie ……..

Il fallait bien que cela revienne. Comme les saisons, comme les rhumatismes impériaux, comme ces douleurs fantômes dont souffrent les membres amputés, la France médiatique redécouvre périodiquement l’Algérie… non comme un pays réel, mais comme un spectre utile.

Car voilà qu’à intervalles réguliers, l’Algérie redevient, dans certains studios parisiens saturés de nostalgie coloniale et d’angoisse identitaire, la menace du jour. Après la Russie, après l’Iran, après les banlieues, voici donc que l’Algérie toujours elle  se voit sommée de jouer le rôle de la conjuration nationale.

Il faut reconnaître à cette mécanique une admirable fidélité historique : depuis 1962, la France officielle a perdu l’Algérie, mais la France médiatico-politique refuse obstinément d’en faire le deuil.

La vieille recette : transformer un ancien dominé en danger permanent

La méthode est grossière, mais elle fonctionne. Elle repose sur trois leviers qu’on actionne avec la régularité d’un orgue funèbre.

D’abord, la dramatisation sécuritaire. On convoque les mots lourds : « déstabilisation », « menace », « influence », « infiltration ». Le vocabulaire n’analyse pas, il suggère. Il installe une atmosphère. Il transforme une relation diplomatique complexe en récit paranoïaque où l’Algérie cesse d’être un État pour devenir une intention malveillante.

Ensuite, l’amalgame civilisationnel, cet art ancien qui consiste à évoquer un pays pour aussitôt convoquer l’islam, puis l’immigration, puis la peur sociale. La logique est d’une simplicité enfantine : on remplace la géopolitique par la symbolique identitaire.

 L’Algérie devient alors moins un acteur international qu’un miroir commode des angoisses françaises sur elle-même.

Enfin, le soupçon diasporique, cette invention moderne qui permet de regarder des millions de citoyens ou binationaux non plus comme des individus, mais comme une masse potentiellement téléguidée par une puissance étrangère. Curieuse conception de la citoyenneté qui semble vaciller dès que le nom, la mémoire ou l’accent rappellent l’autre rive de la Méditerranée

Une propagande qui dit plus sur la France que sur l’Algérie

Car la vérité est moins flatteuse pour ses artisans : ce discours révèle surtout la difficulté persistante de certains cercles français à penser l’Algérie comme une souveraineté achevée.

L’Algérie doit rester, dans cette dramaturgie, un problème.
Jamais un partenaire normal. Jamais un État qui poursuit, comme tous les autres, ses intérêts.

On lui reproche son nationalisme, oubliant qu’il est né précisément d’une guerre où la France tenta d’éradiquer ce même nationalisme. On lui reproche sa mémoire, comme si l’histoire coloniale devait être rangée dans un musée discret, accessible uniquement aux historiens et jamais aux peuples qui l’ont vécue dans leur chair.

Il y a là quelque chose d’éminemment ironique : on exige d’un pays anciennement colonisé une maturité mémorielle que l’ancienne puissance coloniale peine elle-même à atteindre.

L’industrie française de l’ennemi nécessaire

Toute nation en doute cherche un miroir déformant. La France contemporaine, fracturée par ses propres tensions sociales, identitaires et politiques, a parfois trouvé dans l’Algérie un exutoire commode.

Lorsque l’intégration patine, on parle d’Alger.
Lorsque la diplomatie maghrébine échappe à Paris, on parle d’Alger.
Lorsque les fractures coloniales resurgissent dans la société française, on parle encore d’Alger.

L’Algérie devient ainsi une métaphore paresseuse permettant d’éviter les introspections douloureuses. Elle est le raccourci rhétorique qui évite d’affronter la complexité française elle-même.

La nostalgie impériale comme logiciel politique

Ce discours révèle surtout une chose : l’Empire a disparu géographiquement, mais il survit mentalement. Il persiste dans cette incapacité à admettre que l’Algérie n’est plus un prolongement contrarié de la République, mais un État étranger, doté de sa propre stratégie, de ses propres contradictions et de sa propre dignité.

L’Algérie est perçue non comme elle est, mais comme elle aurait dû rester : périphérie disciplinée d’un centre qui refuse d’avoir cessé d’être le centre.

Il faut voir avec quelle constance ce logiciel réapparaît dès que Paris perd un levier d’influence. L’Algérie n’est jamais accusée d’exister ; elle est accusée d’exister librement.

Le comique noir d’une peur sélective

Il y a, dans cette rhétorique, quelque chose de presque burlesque. Une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, héritière d’un des appareils diplomatiques les plus vastes du monde, qui tremblerait devant une conspiration algérienne diffuse orchestrée par des influenceurs et des souvenirs historiques.

La tragédie se mêle ici au théâtre de boulevard. La grandeur stratégique se dissout dans la panique identitaire. Et l’on assiste, médusé, à ce spectacle d’une ancienne puissance coloniale qui redoute moins les transformations du monde que le fantôme de son propre passé.

Ce que révèle vraiment ce discours

Il ne révèle ni une menace algérienne ni même une stratégie algérienne particulièrement singulière. Il révèle une chose infiniment plus simple et infiniment plus dérangeante :

La France n’a jamais complètement réglé sa relation psychologique avec la perte de l’Algérie.

Et tant que cette cicatrice restera ouverte, certains éditorialistes continueront d’y tremper leur plume pour écrire des récits où l’Algérie doit rester l’adversaire symbolique nécessaire à l’équilibre fragile du débat politique français.

Conclusion

L’Algérie n’est pas l’obsession de la France. C’est parfois la France qui demeure prisonnière de l’Algérie qu’elle a perdue.

Et plus ce passé refuse de mourir dans certains imaginaires, plus il ressuscite sous forme d’alertes sécuritaires, de soupçons civilisationnels et de discours prophétiques où l’analyse cède la place à la hantise.

Les empires meurent rarement d’un coup. Ils se prolongent longtemps dans les fantasmes de ceux qui ne savent plus très bien ce qu’ils sont devenus.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

L’humanité a un ennemi commun : Israël

Francesca Albanese

Il fallait s’y attendre. À chaque fois qu’une voix internationale s’aventure à égratigner Israël, la même cohorte d’éditorialistes surgit, haletante, l’extrême droite en robe de chambre civilisationnelle, pour sonner le tocsin moral. On dirait une brigade de pompiers pyromanes : ils accourent pour éteindre l’incendie qu’ils entretiennent avec application depuis des décennies  celui de l’immunité morale érigée en dogme géopolitique.

La phrase de Francesca Albanese ? Excessive, théâtrale, grossière comme une banderole de manifestation. Mais dans le grand cirque des indignations hiérarchisées, elle a surtout servi de prétexte idéal pour relancer le numéro préféré de certains éditorialistes : la Passion selon Israël, récit où l’État hébreu endosse simultanément le rôle du martyr éternel et du gendarme universel, crucifié par l’ONU tout en tenant le marteau.

Car dans ce théâtre, Israël n’est plus un État. Il est devenu une relique morale, une hostie diplomatique que l’on brandit pour bénir les bombes et absoudre les gravats.

L’ONU : ce repaire de barbares qui osent lire des rapports

Le réquisitoire contre l’ONU est désormais un classique du cabaret géopolitique. L’organisation serait une assemblée de tyrans en costume froissé, un syndicat d’autocrates jaloux conspirant contre la seule démocratie digne de ce nom. On croirait entendre un aristocrate outré découvrant que les domestiques ont accès à la salle de bal.

Le problème, évidemment, est que l’ONU ressemble au monde. Tragique faute de goût. Elle reflète ses contradictions, ses hypocrisies, ses brutalités. Elle ne fonctionne pas comme un club privé réservé aux puissances persuadées d’incarner la vertu occidentale sous cellophane.

Mais cette banalité est insupportable pour les nouveaux prêtres de la géopolitique morale. Ils exigent une ONU qui applaudirait Israël comme un public chauffé à blanc dans un gala patriotique, et qui réserverait ses condamnations aux ennemis officiels de l’Occident. Une ONU transformée en fan-club diplomatique, avec distribution de trophées et séance de selfies civilisationnels.

La démocratie, ce parfum qui couvre l’odeur de la poudre

L’argument massue surgit alors, tel un slogan publicitaire : Israël est une démocratie. Rideau. Silence dans la salle. Génuflexion collective.

Dans cette vision simplifiée à la truelle, la démocratie devient un parfum d’ambiance capable de masquer n’importe quelle odeur de poudre, de ruine ou de désespoir : les démocraties ont bombardée, colonisé, torturé et massacré avec une remarquable régularité. Elles l’ont parfois fait avec davantage d’efficacité bureaucratique que les dictatures. La démocratie n’est pas un certificat d’innocence ; c’est un système politique. Rien de plus, rien de moins.

Mais dans la mythologie éditoriale dominante, elle devient un talisman, un gri-gri juridique censé éloigner toute critique. Le droit international, lui, n’est toléré que lorsqu’il se comporte comme un majordome discret.

Israël, ce pays qui souffre tellement qu’il en oublie parfois de regarder qui souffre en face

Le tour de force rhétorique le plus spectaculaire consiste à maintenir simultanément deux récits contradictoires : Israël serait une forteresse surpuissante, mais aussi une victime existentielle permanente. Un colosse stratégique atteint d’une fragilité métaphysique chronique.

Ce récit fonctionne admirablement. Il transforme toute critique en agression et toute enquête en persécution. Il permet de présenter les rapports d’ONG comme des pamphlets militants, les décisions de juridictions internationales comme des crises d’hystérie diplomatique, et les souffrances palestiniennes comme des variables secondaires dans une équation sécuritaire sacrée.

Pendant ce temps, la réalité ce parasite obstiné continue d’exister : territoires fragmentés, populations enfermées dans des labyrinthes administratifs, violence cyclique devenue routine. Mais ces détails sont relégués au rang d’inconfort narratif. Ils gâchent la pureté du récit héroïque.

L’antisémitisme : le bouton rouge qui arrête la conversation

Et voici venir l’arme rhétorique suprême, le bouton rouge qui suspend toute pensée : l’accusation d’antisémitisme brandie comme un extincteur idéologique. Utilisée légitimement, elle est indispensable. Utilisée mécaniquement, elle devient un sédatif intellectuel d’une redoutable efficacité.

Car plus la critique d’Israël se fonde sur des faits, plus elle devient suspecte. Elle doit alors franchir un parcours d’obstacles moral où l’on exige qu’elle prouve sa pureté avant même d’être entendue. Pendant ce temps, les faits, eux, attendent poliment derrière la porte.

Ce procédé finit par produire un paradoxe sinistre : il fragilise la lutte contre l’antisémitisme réel en la transformant en outil diplomatique. À force de crier au loup à chaque critique d’un gouvernement, on finit par banaliser la présence des véritables loups.

Le grand carnaval moral

Nous vivons désormais dans un carnaval diplomatique où chaque camp se déguise en incarnation de l’humanité. Les uns brandissent la bannière de la civilisation assiégée. Les autres celle de l’oppression universelle. Les costumes changent, les slogans s’échangent, mais la tragédie continue, obstinée, indifférente aux performances oratoires.

Pendant que les tribunes s’écrivent avec une encre trempée dans l’indignation, les morts tombent avec une neutralité terriblement professionnelle. Ils ne votent pas, ne publient pas, ne participent pas aux plateaux télé. Ils ont la mauvaise habitude d’exister sans se soucier des récits qui prétendent les expliquer.

Le droit, cet empêcheur de croire en rond

Le droit international reste là, obstiné, gris, procédurier, incapable de produire des envolées lyriques. Il réclame des preuves, des enquêtes, des responsabilités. Autant dire qu’il est devenu l’ennemi naturel des prophètes médiatiques.

Car le droit, lorsqu’il fonctionne, détruit les mythologies confortables. Il rappelle que la puissance n’est pas un argument et que la souffrance n’est pas un monopole.

Mais le droit est ennuyeux. Il ne fait pas vibrer les plateaux télé. Il ne permet pas de distribuer des certificats de civilisation comme des prospectus électoraux. Alors on le cite, on le brandit, on le tord, puis on l’abandonne dès qu’il devient contraignant.

Et pendant ce temps…

Pendant ce temps, le conflit continue, imperturbable, comme un mécanisme rouillé qui tourne sans plus personne pour le réparer. Les éditorialistes distribuent les rôles d’anges et de démons, les diplomates collectionnent les communiqués, et les populations continuent de payer la facture humaine d’un débat transformé en opéra moral grotesque.

La véritable obscénité n’est pas l’excès verbal d’une rapporteuse internationale. Elle est la transformation systématique d’une tragédie humaine en concours d’indignations performatives.

Car au bout du compte, derrière les tribunes enflammées et les sermons civilisationnels, une vérité demeure, froide et implacable : les bombes n’ont jamais lu un éditorial. Et elles s’en portent très bien.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/