Le roman géopolitique du Makhzen

Image 23 févr. 2026, 23_58_49

Il y a des chroniques qui éclairent. Et puis il y a celles qui éclairent surtout… les obsessions de leur auteur.

À la lecture du papier de  la presse nos voisins de l’ouest, on comprend vite que la visite de Laurent Nuñez à Alger n’est pas tant analysée qu’auscultée au stéthoscope idéologique. Le diagnostic est posé d’avance, les symptômes sont choisis après coup, et le patient les relations franco-algériennes, est déclaré en état critique avec la sérénité d’un médecin qui aurait déjà rédigé le certificat. Spoiler : la réalité est nettement moins théâtrale.

Le fétichisme du « silence suspect »

Premier ressort du texte : l’absence de grand débriefing médiatique serait révélatrice d’un semi-échec. Voilà une curieuse théorie diplomatique où le volume sonore tiendrait lieu d’indicateur stratégique. Pourtant en matière de silence médiatique, je pense que le souverain du Makhzen reste spécialiste dans ses mystérieuses communications.  

Depuis quand la diplomatie sérieuse se mesure-t-elle au nombre de conférences de presse lyriques ? Les relations entre États surtout entre Paris et Alger avancent rarement à coups de tambours et de trompettes. Elles progressent par micro-ajustements, signaux feutrés et conversations à huis clos.

Transformer la sobriété en preuve d’impuissance relève moins de l’analyse que du procès d’intention parfumé au sensationnalisme.

L’art consommé de l’insinuation

La chronique excelle dans une discipline très particulière : suggérer fort sans démontrer clairement.

On nous parle : de silences parlants,  de signaux absents,  de dangers judiciaires imminents

Mais où sont les éléments tangibles ? Où sont les sources ? Où est la hiérarchisation des probabilités ?

Même l’évocation du dossier Christophe Gleizes est traitée comme un thermomètre politique automatique, comme si chaque procédure judiciaire devait mécaniquement se plier aux calendriers diplomatiques. Vision commode — et surtout profondément irréaliste des deux côtés de la Méditerranée.

Le Sahara, clé universelle… vraiment ?

On retrouve ensuite le grand classique : tout ramener à la reconnaissance française du Sahara marocain. À lire Tossa, ce dossier serait la matrice quasi totale des tensions actuelles.

C’est confortable. C’est lisible. C’est… réducteur.

Les relations entre Algérie et France sont une mille-feuille explosive où s’empilent : mémoire coloniale, coopération migratoire, enjeux sécuritaires, pressions politiques internes, contentieux judiciaires

Réduire cette complexité à une seule variable régionale, c’est faire de la géopolitique avec une clé Allen.

La tentation du scénario catastrophe

Le passage sur l’affaire Amir DZ mérite presque une musique de thriller. On nous annonce, à demi-mot mais avec gourmandise, que la justice française pourrait remonter jusqu’aux sommets du pouvoir algérien.

Peut-être. Peut-être pas.

Mais présenter cette hypothèse comme une trajectoire quasi naturelle relève d’une dramatisation prospective qui confond analyse et boule de cristal. Même Gérald Darmanin, que l’auteur convoque dans un scénario téléphonique digne d’une série politique, sait que la machine judiciaire française est moins docile et surtout moins prévisible.

Une inflation artificielle des attentes

Le cœur du problème est peut-être là : la chronique reproche à la visite de Nuñez de ne pas avoir produit ce qu’elle n’avait jamais promis.

Le ministre venait relancer un dialogue sécuritaire.
Ne pas régler : les OQTF en masse, les contentieux judiciaires, la totalité du froid diplomatique, ni l’histoire tourmentée entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune

Créer des attentes maximalistes pour mieux constater leur non-réalisation est une vieille technique polémique. Elle fait de bons papiers. Elle fait de mauvaises analyses.

Ce que révèle vraiment cette chronique

Au fond, le texte de la presse du Makhzen nous apprend moins sur l’état réel du dialogue franco-algérien que sur une certaine grille de lecture militante : dramatiser les frictions, psychologiser les dirigeants, surinterpréter les silences, et annoncer des lendemains judiciaires orageux  C’est un style du Makhzen et sa presse courtisane. Ce n’est pas une preuve.

Comme dans ses habitudes cette presse du Palais ne fait que pratiquer la méthode Coué en répétant les mêmes éléments de langage du makhzen comme une formule magique. Une sorte d’hypnotisme qui semble influer sur leur imaginaire. Il s’autosuggère d’avoir raison. En fin de compte, ils sont dans le déni d’une réalité juste une presse des chimères et ses illusions illusoires.

Garder la tête froide

La réalité, plus prosaïque, est la suivante : le dialogue sécuritaire a repris, les contentieux lourds persistent, aucune normalisation rapide n’est en vue, aucune rupture terminale non plus.

Bref : du gris diplomatique. Pas le grand mélodrame que certains voudraient nous vendre.

À force de chercher des séismes à chaque déplacement ministériel, on finit par confondre la tectonique des plaques avec les vibrations d’un téléphone posé sur une table.

Et en géopolitique comme en médecine, le diagnostic gagne toujours à être posé avant la montée de fièvre… pas après l’emballement éditorial.

C’est triste d’avoir un pays voisin pareil, mais c’est une réalité !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/