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Il y a des chroniques qui éclairent. Et puis il y a
celles qui éclairent surtout… les obsessions de leur auteur.
À la lecture
du papier de la presse nos voisins de l’ouest,
on comprend vite que la visite de Laurent Nuñez à Alger n’est pas tant
analysée qu’auscultée au stéthoscope idéologique. Le diagnostic est posé
d’avance, les symptômes sont choisis après coup, et le patient les relations
franco-algériennes, est déclaré en état critique avec la sérénité d’un médecin qui
aurait déjà rédigé le certificat. Spoiler : la réalité est nettement moins
théâtrale.
Le fétichisme du « silence suspect »
Premier
ressort du texte : l’absence de grand débriefing médiatique serait révélatrice
d’un semi-échec. Voilà une curieuse théorie diplomatique où le volume sonore
tiendrait lieu d’indicateur stratégique. Pourtant en matière de silence médiatique,
je pense que le souverain du Makhzen reste spécialiste dans ses mystérieuses communications.
Depuis quand
la diplomatie sérieuse se mesure-t-elle au nombre de conférences de presse
lyriques ? Les relations entre États surtout entre Paris et Alger avancent
rarement à coups de tambours et de trompettes. Elles progressent par
micro-ajustements, signaux feutrés et conversations à huis clos.
Transformer
la sobriété en preuve d’impuissance relève moins de l’analyse que du procès
d’intention parfumé au sensationnalisme.
L’art consommé de l’insinuation
La chronique
excelle dans une discipline très particulière : suggérer fort sans démontrer
clairement.
On nous
parle : de silences parlants, de signaux
absents, de dangers judiciaires
imminents
Mais où sont
les éléments tangibles ? Où sont les sources ? Où est la hiérarchisation des
probabilités ?
Même
l’évocation du dossier Christophe Gleizes est traitée comme un
thermomètre politique automatique, comme si chaque procédure judiciaire devait
mécaniquement se plier aux calendriers diplomatiques. Vision commode — et
surtout profondément irréaliste des deux côtés de la Méditerranée.
Le Sahara, clé universelle… vraiment ?
On retrouve
ensuite le grand classique : tout ramener à la reconnaissance française du
Sahara marocain. À lire Tossa, ce dossier serait la matrice quasi totale des
tensions actuelles.
C’est confortable. C’est lisible. C’est… réducteur.
Les
relations entre Algérie et France sont une mille-feuille
explosive où s’empilent : mémoire coloniale, coopération migratoire, enjeux
sécuritaires, pressions politiques internes, contentieux judiciaires
Réduire
cette complexité à une seule variable régionale, c’est faire de la géopolitique
avec une clé Allen.
La tentation du scénario catastrophe
Le passage
sur l’affaire Amir DZ mérite presque une musique de thriller. On nous
annonce, à demi-mot mais avec gourmandise, que la justice française pourrait
remonter jusqu’aux sommets du pouvoir algérien.
Peut-être.
Peut-être pas.
Mais
présenter cette hypothèse comme une trajectoire quasi naturelle relève d’une dramatisation
prospective qui confond analyse et boule de cristal. Même Gérald
Darmanin, que l’auteur convoque dans un scénario téléphonique digne d’une
série politique, sait que la machine judiciaire française est moins docile et
surtout moins prévisible.
Une inflation artificielle des attentes
Le cœur du
problème est peut-être là : la chronique reproche à la visite de Nuñez de ne
pas avoir produit ce qu’elle n’avait jamais promis.
Le ministre
venait relancer un dialogue sécuritaire.
Ne pas régler : les OQTF en masse, les contentieux judiciaires, la totalité du
froid diplomatique, ni l’histoire tourmentée entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid
Tebboune
Créer des
attentes maximalistes pour mieux constater leur non-réalisation est une vieille
technique polémique. Elle fait de bons papiers. Elle fait de mauvaises
analyses.
Ce que révèle vraiment cette chronique
Au fond, le
texte de la presse du Makhzen nous apprend moins sur l’état réel du dialogue
franco-algérien que sur une certaine grille de lecture militante : dramatiser
les frictions, psychologiser les dirigeants, surinterpréter les silences, et
annoncer des lendemains judiciaires orageux
C’est un style du Makhzen et sa presse courtisane. Ce n’est pas une
preuve.
Comme dans
ses habitudes cette presse du Palais ne fait que pratiquer la méthode Coué en
répétant les mêmes éléments de langage du makhzen comme une formule magique.
Une sorte d’hypnotisme qui semble influer sur leur imaginaire. Il s’autosuggère
d’avoir raison. En fin de compte, ils sont dans le déni d’une réalité juste une
presse des chimères et ses illusions illusoires.
Garder la tête froide
La réalité,
plus prosaïque, est la suivante : le dialogue sécuritaire a repris, les
contentieux lourds persistent, aucune normalisation rapide n’est en vue, aucune
rupture terminale non plus.
Bref : du
gris diplomatique. Pas le grand mélodrame que certains voudraient nous vendre.
À force de
chercher des séismes à chaque déplacement ministériel, on finit par confondre
la tectonique des plaques avec les vibrations d’un téléphone posé sur une
table.
Et en
géopolitique comme en médecine, le diagnostic gagne toujours à être posé avant
la montée de fièvre… pas après l’emballement éditorial.
C’est triste
d’avoir un pays voisin pareil, mais c’est une réalité !
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
