Algérie/France : Nous avons des Lois :

 

Les Ministres Algerien et Français

La visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a rien d’un banal déplacement diplomatique. Derrière les poignées de main et les sourires de circonstance se joue une séquence politique beaucoup plus révélatrice : celle d’une France hésitante, traversée de contradictions, et en quête d’avantages stratégiques sans toujours assumer le prix politique d’un véritable partenariat. La question centrale demeure entière : c’est l’envoyé de la France de Macron ou celle de la France de Retailleau ?

S’agit-il d’une visite de travail ou seulement une visite de courtoisie, sans être un fin politique il me semble que c’est plutôt une visite de courtoisie, une sorte de revue des effectifs du président d’une entité coloniale, accompagné fortement de médias aux canards de causettes et déchaînés contre une Algérie  qui n’existe pas et il leurs reste la hargne, les insultes, les concours entre eux à s'exciter sur leurs slogans ...

La priorité sécuritaire, matrice du discours

Ancien patron de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), Laurent Nuñez porte une grille de lecture avant tout sécuritaire. Pour l’appareil d’État français, l’Algérie est indispensable : verrou du Sahel, pivot du renseignement régional, acteur clé sur les flux migratoires.

Mais cette centralité s’accompagne d’une ambiguïté persistante. Paris exige une coopération maximale notamment en matière de sécurité et de migration  tout en rechignant à reconnaître pleinement la nécessité d’une relation équilibrée sur le plan politique. Autrement dit : partenariat recherché, mais asymétrie conservée.

Les influences qui pèsent sur la décision française

Comme toute démocratie, la France est traversée par des réseaux d’influence multiples  politiques, économiques, associatifs qui cherchent à orienter le débat stratégique.

Parmi eux figurent notamment le CRIF et ELNET, acteurs visibles du paysage politico-diplomatique français. Leur rôle, réel dans le débat public, alimente à Alger une perception de plus en plus répandue : celle d’une politique française parfois sensible à des pressions externes dans la définition de ses priorités moyen-orientales et méditerranéennes.

Le CRIF et ELNET en première ligne, l’aspect le plus critique de cette visite réside dans l’inféodation croissante de la politique étrangère française à des groupes de pression puissants, Laurent Nuñez se déplace sous le regard vigilant du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) et de l'organisation ELNET, qui militent activement pour aligner les intérêts de Paris sur les impératifs géostratégiques sionistes ( Franco-Israélo-Morocco ),

Pour ces lobbies, l’Algérie demeure un " obstacle idéologique " majeur qu’il faut neutraliser ou affaiblir. La posture de Nuñez est ainsi dictée par une volonté de satisfaire ces cercles qui voient dans la fermeté algérienne sur le dossier palestinien une menace à réduire. L’axe Paris-Rabat...Une convergence d'intérêts toxique Le ministre français parle également au nom d'un lobby pro-marocain solidement ancré au sein de l'administration française, ce groupe de pression, en parfaite symbiose avec les cercles sionistes, pousse vers une rupture définitive des équilibres régionaux au profit de Rabat, en venant à Alger, Nuñez porte en filigrane cette nouvelle orientation française, utilisant les dossiers de l'immigration et des visas comme des outils de chantage politique pour servir cet axe hybride qui vise à isoler l'Algérie sur l'échiquier méditerranéen

Qu’elle soit exagérée ou fondée, cette perception pèse désormais sur la confiance bilatérale.

Le facteur marocain : une ligne de fracture durable

Autre sujet de crispation : la relation privilégiée entre Paris et le Maroc.

À Alger, cette proximité est souvent interprétée comme un déséquilibre stratégique assumé. Dans ce contexte, les dossiers migratoires et consulaires prennent une dimension qui dépasse largement la technique administrative : ils deviennent des instruments de pression dans une rivalité régionale feutrée mais bien réelle.

Prisonnier du climat politique français

Il serait naïf d’analyser la démarche de Laurent Nuñez sans regarder la scène politique française. Le durcissement du débat migratoire, la pression de l’opinion et la compétition entre forces politiques poussent l’exécutif à afficher des signaux de fermeté.

La menace agitée autour de la révision de l’accord de 1968 relève aussi de cette logique : envoyer un message à l’électorat intérieur, parfois au risque de tendre inutilement la relation avec Alger.

Une France plurielle… et parfois contradictoire

Contrairement aux lectures simplistes, la France n’agit pas d’un seul bloc. Elle est traversée par : des élites administratives issues de l’après-guerre, des réseaux économiques puissants,  des courants politiques hérités des recompositions des années 1960 et des forces plus conservatrices en pleine affirmation.

Ces dynamiques internes produisent une politique étrangère parfois hésitante, où les signaux envoyés à Alger peuvent manquer de lisibilité stratégique.

Le poids intact des logiques de puissance

Une constante, en revanche, ne varie guère : les grandes puissances défendent d’abord leurs intérêts. L’histoire montre que les alternances politiques modifient le ton, rarement la trajectoire stratégique.

Pour les États qui aspirent à une autonomie réelle, la leçon est connue : la crédibilité internationale repose encore largement sur la puissance économique, technologique et militaire. Le monde reste, qu’on le veuille ou non, structuré par le rapport de force.

OQTF : la bataille des interprétations

Le débat actuel souffre aussi d’une confusion entretenue entre deux instruments juridiques distincts.

« OQTF » qui est l’acronyme de « Obligation de quitter le territoire français », cette mesure non prévue dans les Accords Algéro-français ne concerne que l’administration française (la préfecture) et l’individu objet de la mesure. Elle ne s’adresse et ne vaut qu’avec ce dernier, non à l’État Algérien qui n’y est lié en rien. L’État français qui prend cette mesure « invite » la personne y visée qu’à quitter son territoire, à charge pour celle-ci de se rendre dans le pays de son choix pourvu qu’elle quitte le territoire français.

Nulle part, il n’est écrit ou prévu que l’Algérie doive accepter de « reprendre » une personne frappée d’une « OQTF ». Les autorités françaises s’évertuent ici qu’à vouloir faire un abusif amalgame entre « OQTF » et « Arrêté d’expulsion », comme si les Autorités Algériennes ne savaient pas faire la distinction.

Conclusion : une relation à la croisée des chemins

La visite de Laurent Nuñez à Alger révèle moins une crise ponctuelle qu’un malaise structurel. Entre impératifs sécuritaires, calculs politiques internes et rivalités régionales, la relation franco-algérienne reste prisonnière de ses non-dits.

Une chose est sûre : à l’ère des puissances affirmées, les relations internationales ne se nourrissent ni d’illusions ni de nostalgie, mais de clarté stratégique et de rapports de force assumés.

La vraie question n’est donc peut-être pas seulement pour qui parle l’envoyé de Paris mais si Paris est prêt, enfin, à parler d’égal à égal.

Gageons juste que le Ministre de l’Intérieur Français n'aura pas oublié de téléphoner à son chef spirituel Retailleau pour lui faire son compte rendu et peut-être lui passer le bonjour de l’Algérie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/