La langue arabe : un trésor de culture et de pensée

La langue Arabe

Une langue universelle au-delà des frontières

Il est essentiel de rappeler certaines vérités sur la langue arabe, dont l’enseignement demeure un vecteur majeur de richesse culturelle. Comme toute langue, l’arabe est avant tout un véhicule de culture et de beauté, dépassant largement les frontières d’une communauté ou d’une religion. À titre d’exemple, les églises chrétiennes du Proche et Moyen-Orient célèbrent leurs offices en arabe, soulignant la dimension universelle de cette langue.

L’influence des non-Arabes dans l’essor de l’arabe

L’histoire démontre que la diffusion et le rayonnement de l’arabe ne se limitent pas aux seuls Arabes. Des chrétiens arabophones ont traduit en arabe les grands textes grecs de la philosophie et des sciences, permettant ainsi la transmission de savoirs fondamentaux. Le tout premier livre imprimé en arabe était d’ailleurs une Bible. De même, des Juifs arabophones d’Andalousie ont contribué à l’épanouissement de la langue, comme en témoigne Moïse Maïmonide de Cordoue, philosophe et juriste ayant rédigé ses œuvres en arabe.

La richesse lexicale et la précision des mots

Ainsi sans me déclarer un linguiste avéré, tout en empruntant à un site partenaire, je dirai que la Langue Arabe est une langue très riche; les Arabes se vantent, selon Ernest Renan, d’avoir :

80 mots pour désigner le miel,  200 pour le serpent, 500 pour le lion,  1000 pour le chameau et l’épée et également presque 4400 mots pour rendre l’idée de malheur.

Le lexique arabe compte environ 60 000 mots. Les grammairiens affirment que la plupart des racines sont initialement des verbes, dont le nombre total s’élève à environ 6 000. Bien que certains noms puissent sembler synonymes, la majorité comporte des nuances subtiles, permettant des distinctions fines dans le sens et la connotation.

Cette richesse se manifeste dans la vie quotidienne. Par exemple, le concept de vide se décline selon l’objet ou la situation :

- Une table sans repas est appelée «khiwaan». Lorsqu’elle est servie, on utilise le terme  «Maa’idah» .

- Un verre vide est  «koob» ou «qadah». Lorsqu’il contient un liquide, il devient « ka’s ».

- Pour désigner le fait de manger tout ce qui se trouve sur une table, lors du dîner, on utilise le verbe «iqtamma» 

Il y a dans la langue arabe, toute une catégorie de mots qui signifient une chose ainsi que son contraire. Il y a par exemple ce qui à nos yeux s’apparentent à des contradictions le mot "Saleem", signifie celui qui est guéri, et celui qui vient d’être mordu par un serpent,

Le mot "Baseer", désigne une personne avec une vue perspicace, mais aussi un aveugle.

Le mot "Umma" qui est généralement traduit en nation, ainsi que l’entité qui suit et est guidée.

Je noterai également ces belles anecdotes : "On raconte que le grand poète et linguiste aveugle du XIe siècle, Abul-Ala Al-Maary a heurté au Souk un prince à la cour de Ibn Saleh Mirdas, le souverain du nord de la Syrie.

Le prince a perdu son calme, en voyant que le poète était pauvre, et les poètes pauvres, ne sont pas censés se frotter à la riche noblesse! Ce prince traita alors le poète de "chien ignorant". Abul-Ala répliqua aussitôt : "le chien parmi nous est celui qui ne connait pas les soixante-dix noms pour désigner le chien !"

Ces soixante-dix noms n’étaient pas tout à fait synonymes, car ils ne signifient pas tout à fait : «chien», plutôt, ils décrivent les conditions d’un chien, un chien enragé avait un nom différent d’un joyeux, le chien qui avait une oreille vers le haut et l’autre vers le bas a un nom différent de celui qui avait les deux oreilles, ou les deux oreilles vers le bas. Ce qui est vrai du chien est vrai de la plupart des autres créatures.

L’amour quant à lui possède plusieurs noms différents, dont chacun a une légère différence, mais critique de l’autre. "Hawa", est le goût léger, il comporte également un élément d’erreur, d’irrationalité, le vieux proverbe préislamique va : "Hawa fait perdre la raison".

Il y a le nom "ishq", qui vient de l’intrication de deux amoureux inséparables mais toujours indépendants et distincts, et encore le nom "Hayam" et "Fitna", ce qui signifie l’amour, l’engouement, le désir passionné, mais aussi guerre civile et illusion. Il y a le nom «Sakan «     pour décrire la relation entre les couples mariés. Le stade suprême de l’amour est, paradoxalement, "fanaa", ce qui signifie la non-existence. C’est le stade où les amoureux perdent leurs existences indépendantes et effectivement devenu l’un à l’autre.

La science du Tafsir (l’exégèse) du Coran est une discipline des sciences islamiques qui vise l'explication des termes du Coran et ce que l'on en tire d'enseignement1.

La discipline, ainsi définie, s'est dotée pour atteindre son objet, de connaissances et d'une méthodologie d’exégèse et d'interprétation du texte Coranique  pour en approfondir la compréhension c’est-à-dire qu’elle cherche à en saisir le sens immédiat des mots.  

Le terme «Tafsir» signifie «clarifier ce qui est obscur». C'est aussi, au passage, ce qui ressort du sens d'explication qui nécessite une interprétation pour en saisir le sens qui a un impact considérable sur la pensée religieuse musulmane. 

Quant à la culture arabe, elle a puisé l’essentiel de sa source dans le texte sacré de l’Islam lui permettant ainsi de mettre sur pied une approche et une pensée originales, comme l’a bien souligné Mohamed Arkoun "La pensée arabe a eu, avec le Coran, un départ fulgurant. Le Livre a ouvert des horizons si vastes, introduit des thèmes si denses, utilisé des moyens d’expression si exceptionnels qu’aujourd’hui encore il offre aux penseurs et aux chercheurs scientifiques d’inépuisables sujets à exploiter".

L’arabe et la pensée religieuse et scientifique

La langue arabe est intimement liée au développement intellectuel et spirituel du monde islamique. La science du Tafsir, l’exégèse coranique, illustre cette relation : elle cherche à clarifier le sens immédiat des mots du Coran et à en tirer des enseignements méthodiques. Mohamed Arkoun souligne l’impact du Coran sur la pensée arabe :

« La pensée arabe a eu, avec le Coran, un départ fulgurant. Le Livre a ouvert des horizons si vastes… qu’il offre encore aujourd’hui aux chercheurs d’inépuisables sujets à exploiter. »

Ainsi, la langue arabe n’est pas seulement un outil de communication, mais un vecteur de pensée, d’art et de science.

En final je voudrais partager des citations de personnalités qui furent fascinées par la langue arabe, bien que ces citations ne reflètent en fait que leur avis personnels. Parmi ces occidentaux, on trouve des penseurs, écrivains et orientalistes qui ont étudié la langue arabe et qui l'ont bien maîtrisée. D'autres, sont tombés sous le charme de cette belle langue

"La langue arabe est parmi les langues du monde les plus riches" – Freitag, Allemand

"L'imposant et l’éternel patrimoine arabe a prouvé qu’il est plus fort que toute tentative qui visait à repousser l’arabe littéraire de sa position dominante" – Johann Fuck, Allemand

"L’arabe a atteint, grâce au Coran, une extension qu’aucune autre langue, parmi les langues du monde, n’a jamais connue" – Karl Breukelman, Orientaliste allemand

"La chose la plus étrange qui est arrivée dans l'histoire humaine concerne la diffusion de la langue arabe. En effet, la langue arabe était inconnue, et soudainement, elle a connu une expansion pleine et complète. Cette langue n’a ni enfance, ni vieillesse. Elle a dépassé ses sœurs par la richesse de son vocabulaire, par la précision de ses termes et par la justesse de son système de construction et sa structuration." – Ernest Renan, Orientaliste français

"L’arabe est une langue extrêmement riche. J’ai appris à lire l’arabe à un certain moment, sans le comprendre. Ce qui est intéressant avec cette langue, par rapport à une autre, et moi je suis passionné par ça, c’est que lorsque vous apprenez l’arabe, vous connaissez la mentalité des gens. Mais si vous apprenez le français, vous ne connaissez pas la mentalité des francophones. C’est la construction, la création de cette langue qui est extraordinairement riche. Il y a des gens érudits qui, avec une seule lettre, ont écrit des bouquins entiers. C’est une langue qui, moi, me passionne." – Prince Laurent de Belgique

"Comment l’Homme peut-il résister à la beauté de cette langue, à sa logique et à son éblouissement unique? Même les voisins des Arabes, eux-mêmes, dans les pays qu’ils ont conquis, sont tombés sous le charme de cette langue." – Sigrid Hunke, Historienne des religions et écrivain allemande (1913-1999)

"L’une des caractéristiques les plus importantes de l’arabe est sa capacité à exprimer des significations secondaires que les peuples occidentaux sont incapables d’exprimer." – Régis Blachère, Orientaliste, islamologue et arabisant français (1900-1973)

Conclusion : fierté et universalité de l’arabe

La langue arabe possède des particularités et des nuances qui la rendent unique, tant à l’oral qu’à l’écrit. Sans chauvinisme, il est possible de reconnaître la beauté et la richesse de chaque langue, tout en valorisant fièrement sa propre culture. L’arabe incarne à la fois un patrimoine intellectuel et culturel majeur et un vecteur de dialogue universel.

À tous les arabophones : votre langue est véritablement magnifique !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

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