Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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L’Algérie selon Lugan : une fable de sable et de mirages

Ah, la presse du Makhzen… ce théâtre sans rideau où chaque polémiste trouve sa scène. Donner tribune à Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, , c’est un peu comme offrir un micro à un pyromane dans une poudrière : les flammes sont garanties. On y voit l’histoire se plier à la propagande, les faits se tordre sous le poids de la caricature, et l’Algérie se transformer en punching-ball diplomatique, applaudie à chaque coup par des éditorialistes qui semblent plus soucieux d’applaudir le scénario que de vérifier la réalité. Lugan y devient prophète, jugé impartial alors qu’il n’est que l’instrument d’un récit fantasmé : le pays voisin est toujours fautif, toujours isolé, toujours ridicule. Et le lecteur ? Pris dans ce carnaval médiatique, il doit rire, s’indigner… ou se pincer pour croire qu’il regarde encore du journalisme et non une tragédie burlesque montée sur mesure et le spectacle se transforme en cabaret de propagande : l’Algérie devient spectacle, et la nuance, un crime.

Ah, Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, l’éternel archéologue du chaos africain, nous offre une fois encore son manuel de géopolitique imaginaire. Si l’Algérie était un personnage dans l’un de ses contes, ce serait le pauvre protagoniste naïf, piégé dans une intrigue où seuls les ennemis invisibles dictent sa chute. Lecture en diagonale : l’Algérie n’existe pas, elle s’« auto-marginalise », elle se « rigidifie », elle se fige… et surtout, surtout, elle échoue absolument partout.

Commençons par le Sahara occidental, ce fameux « pseudo-État » que Lugan nous présente comme une fantaisie algérienne. Ici, la subtilité est remplacée par le simplisme d’une fable coloniale : tout est caricatural, tout est noir ou blanc, et, bien sûr, Alger est la méchante sorcière qui a investi ses ressources dans une chimère. Pas un mot sur l’histoire complexe du Sahara, pas un mot sur le droit international, juste un récit digne d’un feuilleton à sensation. Le lecteur doit pleurer pour le Maroc et haïr l’Algérie, comme si l’histoire avait besoin de ce type de narrateur théâtral.

Ensuite, Lugan étend sa palette de catastrophisme au Sahel. Selon lui, l’Algérie, devenue soudain un « parrain des groupes terroristes », ne peut que se faire chasser par ses voisins comme un chien dans la nuit. Bamako, Niger, Burkina Faso : tous des victimes innocentes, tous trompés par le diabolique voisin. Et la France, bien sûr, comme toujours, est absente de la faute mais omniprésente comme juge impartial. On se pince : où est la nuance ? Où est la moindre analyse objective ? Rien. Juste une mise en scène digne d’un mauvais polar de supermarché.

Mais le clou du spectacle est sans doute la scène européenne. Lugan y dépeint Alger comme cet acteur grotesque, isolé, maladroit, incapable de « profiter » de sa présidence du Conseil de sécurité. Ah oui, l’Algérie a tout raté, tout, tout, tout ! Si Lugan avait un euro pour chaque fois qu’il écrit « isolation » et « échec », il pourrait acheter le Sahara et y construire son propre royaume.

Quant au Moyen-Orient, l’auteur réussit l’exploit de transformer la diplomatie en un carnaval de rancunes personnelles : Qatar ici, Iran là, Émirats « détestables » – tout est réduit à une opposition manichéenne. La complexité, la diplomatie subtile, les intérêts croisés : disparus. Lugan ne connaît que l’angle unique, celui de la dénonciation spectaculaire.

Enfin, le bouquet final : pour « sortir de l’histoire », l’Algérie devrait soit continuer à échouer avec élégance, soit changer de régime. La leçon est claire : tout ce qui existe depuis 1962 est mauvais, tout ce qui pourrait exister serait miraculeusement parfait… si seulement le pays acceptait les conseils de notre gourou de la géopolitique. C’est charmant, mais légèrement condescendant, comme si la souveraineté nationale pouvait se résumer à un plan de carrière pour Lugan.

En somme, ce texte n’est pas une chronique géopolitique. C’est un opéra pamphlétaire où l’Algérie joue le rôle de la victime ridicule et où le lecteur est invité à jubiler du désastre qu’on lui présente comme inéluctable. Le rire est noir, mais l’amertume persiste : il est fascinant de voir comment certains peuvent réduire des décennies de diplomatie, d’histoire et de lutte pour l’indépendance à une simple fable binaire, maniant clichés et outrances comme d’autres manient des épées en plastique.

Alors oui, M. Lugan, merci pour le spectacle. Mais l’Algérie ne s’éteint pas dans vos chroniques : elle avance, malgré vos caricatures, votre sarcasme acide et votre rire de commissaire-priseur. Et cela, hélas pour vous, aucun pamphlet ne pourra jamais l’effacer.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Ou l’art de gouverner un peuple à coups de communiqués enchantés

Il faut un talent rare pour parler d’un peuple sans jamais le regarder. Un art consommé pour invoquer le citoyen tout en l’effaçant. Le dernier communiqué royal sur la Coupe d’Afrique des Nations en est une démonstration magistrale : un long poème officiel où le  Makhzen  triomphe, l’Afrique applaudit, le Roi remercie… pendant que le peuple, lui, reste hors champ, comme un figurant inutile dans sa propre histoire.

Bienvenue dans le royaume d’un Makhzen de la réalité alternative, là où le football sert de rideau, la ferveur populaire de maquillage, et la monarchie de narrateur omniscient.

Un Roi partout, un peuple nulle part

Tout est dit, tout est célébré, tout est béni. Le Makhzen progresse, le modèle est « singulier et performant », le citoyen est « au centre de toutes les ambitions ». Formidable. À tel point qu’on se demande où se cache ce citoyen si central. Dans les quartiers oubliés ? Dans les campagnes asséchées ? Dans les hôpitaux délabrés ? Dans les files du chômage ?

Non. Le sujet marocain du communiqué est un personnage abstrait, une silhouette souriante, utile uniquement pour applaudir, remercier et soutenir. Il n’existe que comme décor émotionnel de la grandeur royale. Un figurant patriote, silencieux et reconnaissant.

La Coupe d’Afrique comme anesthésiant politique

Le procédé est vieux comme les monarchies fatiguées : quand le réel grince, on sort le spectacle. Quand le quotidien brûle, on distribue de la ferveur. Quand les inégalités explosent, on parle de football, d’infrastructures et de « rayonnement continental ».

La CAN devient ainsi un outil de blanchiment politique. Tout succès sportif est recyclé en victoire du Makhzen. Tout cri de joie est interprété comme une approbation tacite du pouvoir. Le ballon rond roule sur les fissures sociales, et l’on espère que personne ne regardera sous le tapis.

L’art royal de l’autosatisfaction permanente

Le texte est une litanie de superlatifs : magnifique, historique, exemplaire, remarquable. À force de s’auto-congratuler, le discours finit par ressembler à une caricature de lui-même. Le Roi remercie, félicite, salue, encourage… comme s’il se parlait à lui-même à travers un miroir officiel.

Et quand surgissent des incidents, violences, débordements, tensions, ils deviennent aussitôt de simples « épisodes malheureux », presque poétiques, aussitôt dissous dans la « fraternité interafricaine ». Le réel dérange ? On le dilue. La colère existe ? On la nie. Le malaise social ? Inexistant dans la prose royale.

Le déni comme méthode de gouvernement

La phrase est révélatrice : face au « dénigrement », le Makhzen et son  Roi sont « persuadés que les desseins hostiles ne parviendront jamais à leurs fins ». Traduction : toute critique est hostile, toute contestation est suspecte, toute voix dissonante est un complot.

C’est la vieille recette autoritaire : disqualifier la critique avant même qu’elle ne parle. Transformer le désaccord en trahison. Présenter la monarchie comme éternellement vertueuse, donc éternellement innocente.

La proximité imaginaire d’un Roi lointain

On nous parle de « proximité cultivée au fil des siècles ». Belle formule. Presque poétique. Mais à force d’être répétée, elle sonne creux. La proximité proclamée n’est qu’un slogan quand elle ne se traduit ni par justice sociale, ni par égalité réelle, ni par dignité vécue.

Le Makhzen parle au peuple, jamais avec lui. Il le célèbre à distance, comme on célèbre une foule depuis un balcon : avec chaleur, mais sans contact.

Conclusion : le mensonge en costume d’apparat

Ce communiqué n’est pas un message. C’est une mise en scène. Une chorégraphie verbale où le Roi incarne à la fois le visionnaire, le bâtisseur, le rassembleur et le sage africain pendant que le peuple, lui, continue de vivre hors du texte, hors du cadre, hors de la fête.

À force de peindre un Maroc irréel, le pouvoir finit par avouer son plus grand aveu : il ne regarde plus le pays tel qu’il est, mais tel qu’il voudrait qu’on le croie.

Et c’est là que le rire devient noir. Car pendant que le discours royal s’auto-congratule, le réel, lui, n’applaudit plus. Il attend. Il observe. Et il n’oublie pas.


A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Xavier Driencourt, ou la symphonie tragique du héros auto-proclamé :

14h35, l’heure fatale… Rien que l’introduction donne le ton : 14h35, ce moment cosmique où l’Algérie, selon Driencourt, aurait mobilisé tous ses satellites invisibles pour supprimer son interview. La précision horlogère est impressionnante… si vous étiez dans une pièce de théâtre absurde. Dans la vraie vie, les programmateurs télé jonglent avec des grilles, des contraintes techniques et des caprices éditoriaux. Mais non : dans l’univers Driencourt, chaque tic-tac de l’horloge est une manœuvre de « régime policier » qui complote contre la France et contre lui, le pauvre martyr.

L’Algérie n’a rien demandé, mais dans son imaginaire, elle devient une hydre omnipotente. La France ? Une fillette apeurée, tremblante, prête à obéir aux caprices d’Alger. Et lui, évidemment, le héros sacrificiel, le dernier rempart de la vérité, le Sisyphe moderne que tout complot écrase.

Paranoïa à l’état pur ou comment transformer une dépêche en crise diplomatique

Driencourt excelle dans l’art de l’escalade imaginaire : APSFrance 2 → suppression → scandale diplomatique → menace pour l’élection présidentielle française. À lire cela, on s’attend presque à voir Bond et sa vodka martini débarquer pour déjouer un complot algérien à Paris.

Son texte est un manifeste de paranoïa professionnelle : chaque événement concret est interprété comme une preuve de la conspiration mondiale contre lui. Même un simple changement de programme télé devient « la preuve irréfutable que l’Algérie manipule la France ». Il faut admirer le culot : transformer le hasard en complot avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Le narcissisme diplomatique, art majeur de Driencourt

Tout dans ce texte respire l’ego. Tout est centré sur lui. Chaque député, recteur, journaliste ou commentateur critique devient un agent de l’ombre, un complice d’Alger, un relais invisible d’un complot invisible.

Et lui ? Lui, bien sûr, est l’unique voix rationnelle, la seule conscience éclairée dans un monde de naïfs. Son obsession pour l’Algérie devient le fil conducteur d’une tragédie qu’il croit universelle. Mais ne vous y trompez pas : le seul danger réel ici est le narcissisme d’un homme persuadé que le monde entier (sauf le Makhzen du Maroc) conspira contre lui personnellement.

Le rapport de forces, mantra du ridicule

« L’Algérie ne comprend que le rapport de forces. » Phrase répétée comme un mantra, érigée en dogme. Et hop, voilà que la simple vérité du quotidien devient un affront insupportable, un scandale diplomatique, un crime contre l’humanité française du moins dans la logique Driencourt.

Le monde, nous explique-t-il, est une arène où l’Algérie tire les ficelles, et la France est un petit chat apeuré, prêt à se recroqueviller à la moindre grimace. Pendant ce temps, la France réelle, complexe et multiforme, continue de fonctionner, mais peu importe : Driencourt a besoin d’un méchant pour faire briller son héroïsme.

L’humour noir du réel face au pathos

Ce qui est fascinant, c’est la façon dont ce texte se dévore lui-même. Le complot est partout, le narcissisme est central, l’Algérie est omnipotente, la France est naïve. Le lecteur se retrouve pris dans un ballet grotesque où le seul spectacle digne d’intérêt est… le ridicule de l’auteur.

L’ironie est ici noire, douce-amère : Driencourt croit dénoncer une ingérence étrangère, mais il dévoile surtout son obsession, sa mauvaise foi et sa vision manichéenne. Le brûlant parfum du ridicule s’invite à chaque ligne, et laisse une sensation étrange : celle de lire un pamphlet contre soi-même, écrit par quelqu’un qui pense qu’il tient le monde en main.

Conclusion : quand l’ego devient tragédie nationale

À vouloir transformer des contraintes télévisuelles et des dépêches en crime d’État, Driencourt ne ridiculise pas l’Algérie. Il ridiculise sa propre paranoïa, sa propension à victimiser et sa croyance qu’il est le centre de l’univers diplomatique.

L’Algérie, en réalité, n’a rien demandé. Elle n’a rien fait. La France continue, elle, de négocier, de discuter, d’échanger… mais pour Driencourt, seul compte son théâtre intérieur. Son texte est un monument d’auto-glorification paranoïaque, une fresque d’ego démesuré, un opéra-comique écrit à la gloire de lui-même contre le monde.

La morale est limpide : à trop vouloir se poser en martyr, on finit par ne plus être crédible. Et surtout, on offre au lecteur le plus délicieux des plaisirs : la lecture d’un brûlot qui se consume de l’intérieur, de façon aussi cruelle que délicieusement ironique.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Ou l’art de gouverner un peuple à coups de communiqués enchantés

Il faut un talent rare pour parler d’un peuple sans jamais le regarder. Un art consommé pour invoquer le citoyen tout en l’effaçant. Le dernier communiqué royal sur la Coupe d’Afrique des Nations en est une démonstration magistrale : un long poème officiel où le  Makhzen  triomphe, l’Afrique applaudit, le Roi remercie… pendant que le peuple, lui, reste hors champ, comme un figurant inutile dans sa propre histoire.

Bienvenue dans le royaume d’un Makhzen de la réalité alternative, là où le football sert de rideau, la ferveur populaire de maquillage, et la monarchie de narrateur omniscient.

Un Roi partout, un peuple nulle part

Tout est dit, tout est célébré, tout est béni. Le Makhzen progresse, le modèle est « singulier et performant », le citoyen est « au centre de toutes les ambitions ». Formidable. À tel point qu’on se demande où se cache ce citoyen si central. Dans les quartiers oubliés ? Dans les campagnes asséchées ? Dans les hôpitaux délabrés ? Dans les files du chômage ?

Non. Le sujet marocain du communiqué est un personnage abstrait, une silhouette souriante, utile uniquement pour applaudir, remercier et soutenir. Il n’existe que comme décor émotionnel de la grandeur royale. Un figurant patriote, silencieux et reconnaissant.

La Coupe d’Afrique comme anesthésiant politique

Le procédé est vieux comme les monarchies fatiguées : quand le réel grince, on sort le spectacle. Quand le quotidien brûle, on distribue de la ferveur. Quand les inégalités explosent, on parle de football, d’infrastructures et de « rayonnement continental ».

La CAN devient ainsi un outil de blanchiment politique. Tout succès sportif est recyclé en victoire du Makhzen. Tout cri de joie est interprété comme une approbation tacite du pouvoir. Le ballon rond roule sur les fissures sociales, et l’on espère que personne ne regardera sous le tapis.

L’art royal de l’autosatisfaction permanente

Le texte est une litanie de superlatifs : magnifique, historique, exemplaire, remarquable. À force de s’auto-congratuler, le discours finit par ressembler à une caricature de lui-même. Le Roi remercie, félicite, salue, encourage… comme s’il se parlait à lui-même à travers un miroir officiel.

Et quand surgissent des incidents, violences, débordements, tensions, ils deviennent aussitôt de simples « épisodes malheureux », presque poétiques, aussitôt dissous dans la « fraternité interafricaine ». Le réel dérange ? On le dilue. La colère existe ? On la nie. Le malaise social ? Inexistant dans la prose royale.

Le déni comme méthode de gouvernement

La phrase est révélatrice : face au « dénigrement », le Makhzen et son  Roi sont « persuadés que les desseins hostiles ne parviendront jamais à leurs fins ». Traduction : toute critique est hostile, toute contestation est suspecte, toute voix dissonante est un complot.

C’est la vieille recette autoritaire : disqualifier la critique avant même qu’elle ne parle. Transformer le désaccord en trahison. Présenter la monarchie comme éternellement vertueuse, donc éternellement innocente.

La proximité imaginaire d’un Roi lointain

On nous parle de « proximité cultivée au fil des siècles ». Belle formule. Presque poétique. Mais à force d’être répétée, elle sonne creux. La proximité proclamée n’est qu’un slogan quand elle ne se traduit ni par justice sociale, ni par égalité réelle, ni par dignité vécue.

Le Makhzen parle au peuple, jamais avec lui. il le célèbre à distance, comme on célèbre une foule depuis un balcon : avec chaleur, mais sans contact.

Conclusion : le mensonge en costume d’apparat

Ce communiqué n’est pas un message. C’est une mise en scène. Une chorégraphie verbale où le Roi incarne à la fois le visionnaire, le bâtisseur, le rassembleur et le sage africain pendant que le peuple, lui, continue de vivre hors du texte, hors du cadre, hors de la fête.

À force de peindre un Maroc irréel, le pouvoir finit par avouer son plus grand aveu : il ne regarde plus le pays tel qu’il est, mais tel qu’il voudrait qu’on le croie.

Et c’est là que le rire devient noir. Car pendant que le discours royal s’auto-congratule, le réel, lui, n’applaudit plus. Il attend. Il observe. Et il n’oublie pas.

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France 2026 : les diasporas ont remplacé Dupont-Lajoie et Zemmour le très Français :

On croyait que le racisme était l’affaire exclusive de l’oncle franchouillard et du béret basque ? Surprise : il a changé de visage. Il est né avec les diasporas, il circule sur les réseaux, il se dispute sur les terrains de foot, et il se nourrit de l’histoire qu’on lui sert pour le rendre spectaculaire.

Ah ! La France contemporaine : pays des Lumières, des droits de l’homme et… de la panique multiraciale dès qu’un ballon touche le filet. La finale de la CAN 2026, Maroc contre Sénégal, a été la petite étincelle, et voilà que les réseaux sociaux se transforment en arène de gladiateurs numériques : insultes, menaces, invectives raciales. « Animaux », « macaques », « bougnoules », « esclaves »… Et tout cela en France, pays qui, officiellement, n’a rien à voir avec ce match. Démonstration : le racisme n’a plus de frontières, ni de logique, ni de chronologie.

Le texte français nous explique doctement que les diasporas ont importé le racisme. L’argument est charmant : l’Europe aurait accueilli des populations diverses, et voilà que la société française se transforme en Théâtre de la haine universelle. Les mauvais coupables sont déjà identifiés : pas Dupont-Lajoie, pas le petit Blanc de province, pas le Zemmour de souche non, c’est le jeune Maghrébin, l’Africain francophone, le descendant de l’Afrique subsaharienne. Tout un monde à criminaliser, un écosystème d’ethnies et de croyances à cataloguer, classer, punir… pour l’exemple.

Et puis, bien sûr, il faut sortir l’artillerie lourde de la morale historique. Treize siècles de traite arabo-musulmane, 17 millions de victimes noires, Zanzibar en flammes, esclavage, mutilations. On sert ça aux adolescents marocains et sénégalais nés en France comme un menu dégustation de culpabilité. Histoire, sociologie, football et réseaux sociaux fusionnent dans un cocktail explosif, que la France bien-pensante avale comme du petit lait. Les jeunes insulaires du web ne font que reproduire… mais attention : ce n’est jamais de la responsabilité occidentale, oh non. La faute est toujours ailleurs.

Le pompon arrive avec l’islam, censé transcender tout. Le roi du Maroc, descendant du Prophète, et les soufis sénégalais sont là pour rappeler que la spiritualité existe… mais la magie échoue : l’unité des croyants n’a jamais suffi à contenir la haine raciale. Étonnant, non ? Peut-être que la religion n’a jamais été un manuel de bonnes manières pour le football, ni un antidote aux frustrations sportives.

Le festival continue : les médias français dénoncent les insultes comme si elles étaient des catastrophes nationales, mais passent sous silence le fait que la société a toujours été un chaos organisé. Turcs contre Arméniens, Maghrébins contre Africains, Roms contre tout le monde… La France multiraciale n’a pas inventé le racisme ; elle l’a importé, remixé, digitalisé et décoré avec des hashtags.

Et la touche finale : Emmanuel Macron et ses diasporas heureuses. France 2026 : première diaspora subsaharienne d’Europe, première diaspora maghrébine, première diaspora musulmane… Bravo ! Et maintenant ? On se félicite des records, on distribue des prix moraux et on s’étonne que les jeunes se répondent avec des insultes vieilles de plusieurs siècles. Bienvenue dans la France de l’ironie historique : pays qui accueille et condamne, félicite et accuse, admet et nie, tout à la fois.

Le résultat est limpide : la France contemporaine, celle de la bien-pensance et de l’indignation calibrée, a créé son propre monstre. Le racisme n’est plus ce vieux blanc grognon au repas de Noël ; il a migré, il a appris à tweeter, il connaît les dérives historiques et s’exprime avec style. Il est devenu un feu diffus, multiforme, implacable, qui consume le texte officiel français lui-même avant que vous n’ayez le temps de lever le doigt.

Alors rions, jaune, bien sûr. Rions de ces moralistes qui nous expliquent que la haine est importée, calibrée et visible seulement quand elle touche des communautés qu’ils peuvent pointer du doigt. Rions de cette France qui veut être universelle tout en enfermant ses habitants dans des cages ethniques. Rions… mais brûlons en silence, car le feu est bien réel. Il couve dans les diasporas, dans l’histoire et dans le regard de ceux qui, chaque jour, doivent naviguer entre la réalité sociale et le fantasme moralisateur.

Bienvenue dans la France 2026 : multiraciale, multiraciste et magistralement absurde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

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