Le souverain du Makhzen en
pleine activité… de fiction
Ou l’art de gouverner un
peuple à coups de communiqués enchantés
Il faut un
talent rare pour parler d’un peuple sans jamais le regarder. Un art consommé
pour invoquer le citoyen tout en l’effaçant. Le dernier communiqué royal sur la
Coupe d’Afrique des Nations en est une démonstration magistrale : un long poème
officiel où le Makhzen triomphe, l’Afrique applaudit, le Roi
remercie… pendant que le peuple, lui, reste hors champ, comme un figurant
inutile dans sa propre histoire.
Bienvenue
dans le royaume d’un Makhzen de la réalité alternative, là où le
football sert de rideau, la ferveur populaire de maquillage, et la monarchie de
narrateur omniscient.
Un Roi partout, un peuple
nulle part
Tout est
dit, tout est célébré, tout est béni. Le Makhzen progresse, le modèle est « singulier
et performant », le citoyen est « au centre de toutes les ambitions
». Formidable. À tel point qu’on se demande où se cache ce citoyen si central.
Dans les quartiers oubliés ? Dans les campagnes asséchées ? Dans les hôpitaux
délabrés ? Dans les files du chômage ?
Non. Le sujet
marocain du communiqué est un personnage abstrait, une silhouette souriante,
utile uniquement pour applaudir, remercier et soutenir. Il n’existe que comme
décor émotionnel de la grandeur royale. Un figurant patriote, silencieux et
reconnaissant.
La Coupe d’Afrique comme anesthésiant
politique
Le procédé
est vieux comme les monarchies fatiguées : quand le réel grince, on sort le
spectacle. Quand le quotidien brûle, on distribue de la ferveur. Quand les
inégalités explosent, on parle de football, d’infrastructures et de « rayonnement
continental ».
La CAN
devient ainsi un outil de blanchiment politique. Tout succès sportif est
recyclé en victoire du Makhzen. Tout cri de joie est interprété comme une
approbation tacite du pouvoir. Le ballon rond roule sur les fissures sociales,
et l’on espère que personne ne regardera sous le tapis.
L’art royal de
l’autosatisfaction permanente
Le texte est
une litanie de superlatifs : magnifique, historique, exemplaire, remarquable.
À force de s’auto-congratuler, le discours finit par ressembler à une
caricature de lui-même. Le Roi remercie, félicite, salue, encourage…
comme s’il se parlait à lui-même à travers un miroir officiel.
Et quand surgissent des incidents, violences, débordements, tensions, ils deviennent aussitôt de simples « épisodes malheureux », presque poétiques, aussitôt dissous dans la « fraternité interafricaine ». Le réel dérange ? On le dilue. La colère existe ? On la nie. Le malaise social ? Inexistant dans la prose royale.
Le déni comme méthode de
gouvernement
La phrase est
révélatrice : face au « dénigrement », le Makhzen et son Roi sont « persuadés que les desseins
hostiles ne parviendront jamais à leurs fins ». Traduction : toute critique
est hostile, toute contestation est suspecte, toute voix dissonante est un complot.
C’est la
vieille recette autoritaire : disqualifier la critique avant même qu’elle ne
parle. Transformer le désaccord en trahison. Présenter la monarchie comme
éternellement vertueuse, donc éternellement innocente.
La proximité imaginaire d’un
Roi lointain
On nous
parle de « proximité cultivée au fil des siècles ». Belle formule.
Presque poétique. Mais à force d’être répétée, elle sonne creux. La proximité
proclamée n’est qu’un slogan quand elle ne se traduit ni par justice sociale,
ni par égalité réelle, ni par dignité vécue.
Le Makhzen parle
au peuple, jamais avec lui. Il le célèbre à distance, comme on
célèbre une foule depuis un balcon : avec chaleur, mais sans contact.
Conclusion : le mensonge en
costume d’apparat
Ce
communiqué n’est pas un message. C’est une mise en scène. Une chorégraphie
verbale où le Roi incarne à la fois le visionnaire, le bâtisseur, le
rassembleur et le sage africain pendant que le peuple, lui, continue de vivre
hors du texte, hors du cadre, hors de la fête.
À force de peindre
un Maroc irréel, le pouvoir finit par avouer son plus grand aveu : il ne
regarde plus le pays tel qu’il est, mais tel qu’il voudrait qu’on le croie.
Et c’est là
que le rire devient noir. Car pendant que le discours royal s’auto-congratule,
le réel, lui, n’applaudit plus. Il attend. Il observe. Et il n’oublie pas.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
Une réponse
citoyenne : Aux Médias courtisanes :
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