Avec Donald Trump, la politique étrangère américaine a
cessé d’être un art patient pour devenir un exercice de force brutale. Face à
l’Iran, l’ancien président a transformé la diplomatie en bras de fer permanent,
convaincu qu’un adversaire acculé finit toujours par plier. Mais à vouloir
imposer sa puissance par la peur, Washington a peut-être surtout révélé les
limites d’une stratégie fondée sur le choc plutôt que sur la vision.
Le pari de
Trump repose sur une idée simple : la pression maximale produit des résultats
maximaux. En retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et en
imposant des sanctions économiques d’une ampleur inédite, il a cherché à
étrangler l’économie iranienne pour forcer Téhéran à renégocier. Dans cette
logique, la diplomatie devient une négociation commerciale : on monte les
enchères jusqu’à ce que l’adversaire cède.
Cette
stratégie séduit par sa clarté et son apparente efficacité. Elle renoue avec
une tradition américaine de dissuasion où la crédibilité repose sur la capacité
à frapper vite et fort. Elle flatte aussi une vision du leadership fondée sur
la domination plutôt que sur le compromis. Mais la géopolitique n’obéit pas aux
règles d’un marché. Elle s’écrit dans le temps long, nourrie par l’histoire,
les identités et les rapports de puissance invisibles.
Or, l’Iran
n’est pas un acteur classique que l’on peut contraindre par la seule pression
économique. La République islamique s’est construite sur la défiance envers
l’Occident et sur une culture politique où la résistance constitue un pilier
idéologique. En cherchant à humilier le régime, Washington risque de renforcer
précisément les forces qu’il prétend affaiblir. Les sanctions frappent
l’économie iranienne, mais elles offrent aussi au pouvoir un argument politique
redoutable : celui d’un pays assiégé par une superpuissance hostile.
La stratégie
trumpienne ignore un principe fondamental des relations internationales : un
régime menacé ne capitule pas toujours, il peut au contraire se radicaliser.
Face à la pression américaine, Téhéran a multiplié les démonstrations de
résilience, tout en consolidant son influence régionale par des réseaux
militaires et politiques qui s’étendent du Liban au Yémen. En voulant isoler
l’Iran, les États-Unis ont contribué à renforcer sa stratégie d’expansion
indirecte.
Plus
inquiétant encore, cette politique transforme le Moyen-Orient en zone de
confrontation permanente. La rivalité entre Washington et Téhéran irrigue déjà
plusieurs conflits régionaux. Chaque montée de tension entre les deux
puissances augmente le risque d’un embrasement qui dépasserait largement leur
confrontation directe. Dans cette région saturée de rivalités confessionnelles,
de guerres civiles et d’alliances fragiles, la diplomatie du rapport de force
ressemble à un jeu dangereux avec des conséquences impossibles à maîtriser.
Mais la
stratégie de Trump pose également une question plus large : celle de la place
des États-Unis dans l’ordre international. En rompant avec l’accord nucléaire sans
consulter ses alliés européens, Washington a fragilisé le multilatéralisme
qu’il avait lui-même contribué à construire. L’Amérique trumpienne n’a pas
seulement défié l’Iran ; elle a aussi envoyé un message au monde entier : les
règles internationales sont désormais négociables, et les alliances secondaires
face aux intérêts nationaux immédiats.
Cette
évolution marque une rupture profonde. Elle traduit le passage d’une puissance
qui organise l’ordre mondial à une puissance qui privilégie l’affrontement direct.
À court terme, cette posture peut projeter une image de fermeté. À long terme,
elle risque d’encourager d’autres puissances à adopter la même logique,
accélérant la fragmentation du système international.
Le véritable
danger de la stratégie trumpienne tient peut-être dans son illusion de
contrôle. En cultivant l’imprévisibilité, elle cherche à désorienter
l’adversaire. Mais dans un environnement géopolitique déjà instable,
l’imprévisibilité devient rapidement contagieuse. Elle multiplie les risques d’erreurs
d’interprétation, d’escalades accidentelles et de conflits incontrôlés.
Face à
l’Iran, Donald Trump a voulu démontrer que la puissance américaine restait
incontestable. Il a sans doute prouvé qu’elle demeurait redoutable. Mais il a
aussi révélé une vérité plus dérangeante : dans un monde fragmenté et
interdépendant, la force seule ne suffit plus à imposer un ordre durable. Elle
peut contraindre, elle peut intimider, elle peut même faire reculer
temporairement un adversaire. Elle ne garantit ni la stabilité, ni la paix, ni
l’influence à long terme.
Et dans ce
jeu de puissance où chaque coup peut déclencher une réaction en chaîne, le plus
grand risque n’est peut-être pas de perdre la partie. C’est de déclencher un
conflit dont personne ne maîtriserait l’issue.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
