Quand la laïcité devient instrument de chasse aux bouts de tissu : l’absurde suspension d’une infirmière à l’AP-HP

À l’AP-HP, on ne plaisante plus avec les couvre-chefs, l’absurde suspension d’une Infirmière !

On croyait avoir tout vu en matière d’application bureaucratique de la laïcité. Et pourtant, l’affaire M.B, infirmière à la Pitié Salpêtrière suspendue huit mois pour avoir porté un calot chirurgical, atteint un sommet d’absurdité. Oui, un simple calot, cet outil hygiénique indispensable pour protéger patients et personnel, a été interprété comme un signe religieux détourné. Le prétexte : “tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ‘signe religieux par destination’.” Traduction : même un bout de tissu destiné à couvrir les cheveux au bloc opératoire peut déclencher un procès pour infraction à la laïcité.

Il ne s’agit pas seulement d’une sanction disproportionnée ; c’est une illustration parfaite de ce que devient la laïcité lorsqu’elle est instrumentalisée. Loin de protéger le service public et la neutralité de l’État, elle se transforme en arme contre les pratiques perçues comme musulmanes, et en contrôle obsessionnel du corps et de l’apparence des femmes.

Majdouline B n’a jamais revendiqué d’appartenance religieuse. Elle avait signé la charte de laïcité lors de son embauche et travaillait depuis cinq ans sans problème. Rien n’y fait : sa direction interprète son calot comme un voile “détourné”. Il n’y a aucun impact sur ses fonctions, aucune gêne technique, aucune atteinte à la sécurité des patients. Pourtant, la sanction tombe. Suspension huit mois. L’excès de zèle bureaucratique prend le pas sur le bon sens et la mission première d’un hôpital : soigner.

Ce cas soulève un paradoxe fondamental et inquiétant : dans les hôpitaux publics, le personnel doit être “purifié” de tout signe vestimentaire susceptible d’être interprété comme religieux, tandis que les patient·es restent libres de circuler voilé·es. Dans les hôpitaux privés ou confessionnels, une sœur catholique ou une musulmane peut porter sa coiffe sans problème. Le bon sens et la cohérence disparaissent, remplacés par une obsession du contrôle et de l’apparence.

On pourrait presque en rire si ce n’était tragique. L’absurdité de la situation rappelle les comédies de Louis de Funès : le maréchal des logis Cruchot traque les nudistes sur la plage, et aujourd’hui, des “experts” administratifs semblent vouloir scruter chaque centimètre carré de tissu porté par les infirmières. Bientôt, faudra-t-il mesurer la longueur des manches ou l’ombre d’un bracelet pour juger de la neutralité de l’État ?

Cette dérive illustre une tendance dangereuse : l’instrumentalisation de la laïcité pour contrôler, surveiller et stigmatiser l’islam. La neutralité du service public est invoquée, mais l’application révèle un biais idéologique évident. Alors que le calot est un outil de travail parfaitement neutre, il devient le symbole d’une “islamisation” fantasmée à combattre.

Au-delà du ridicule, il y a une dimension profondément injuste et discriminatoire. La jurisprudence administrative et la Cour européenne des droits de l’homme permettent la neutralité dans le service public, mais le cas présent montre qu’une interprétation extrême peut transformer ce principe protecteur en machine de contrôle des corps et des croyances. Ce n’est plus la laïcité : c’est une chasse aux sorcières version moderne, avec comme victimes principales les femmes musulmanes.

Enfin, l’impact social est réel : stigmatisation, sentiment d’exclusion, et renforcement de la suspicion envers une communauté entière. Alors qu’on aurait besoin de cohésion et de dialogue, l’administration choisit la confrontation et le contrôle vestimentaire. La sécurité sanitaire et la qualité des soins passent au second plan, remplacées par une obsession bureaucratique qui frôle le ridicule et l’injuste.

En résumé : suspendre une infirmière pour un calot, c’est perdre le sens des priorités. C’est transformer la République en théâtre de l’absurde où l’idéologie prime sur le soin, et où les patient·es, pourtant au cœur de la mission publique, n’ont plus rien à voir avec la neutralité administrative. C’est, en un mot, la caricature même de la laïcité instrumentalisée.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/