La
dégradation actuelle des relations entre la France et l’Algérie ne relève ni du
hasard ni d’un malentendu culturel. Elle est le produit de choix politiques
précis, de ruptures stratégiques assumées et d’un environnement médiatique de
plus en plus enclin à substituer le récit émotionnel à l’analyse géopolitique. Un
article de la presse du Palais récemment consacré à l’émission Complément
d’enquête s’inscrit pleinement dans cette dérive. De nouveau
dans leurs jérémiades contre l’Algérie, la presse courtisane du Makhzen semble
encore une fois de plus être versée dans le ridicule pour aller chercher
des personnes non éclairées pour donner une explication alternative
à laquelle ils s'accrochent d'autant plus fermement qu'ils ont besoin de
certitudes.
Sous couvert
d’investigation, il ne propose pas une lecture stratégique des tensions
franco-algériennes, mais une construction idéologique visant à désigner
l’Algérie comme un acteur intrinsèquement hostile, irrationnel et
déstabilisateur. Ce procédé n’éclaire pas la réalité : il la simplifie, la
durcit et, surtout, l’instrumentalise.
Du journalisme d’enquête au narratif de confrontation Le premier problème posé par ce
texte est méthodologique. Des témoignages individuels, des procédures
judiciaires en cours et des accusations non jugées y sont agrégés pour former
un récit global de culpabilité étatique. Cette logique relève moins de
l’enquête que du réquisitoire.
En
géopolitique, la confusion entre faits établis, soupçons et récits militants
est toujours dangereuse. Elle crée une illusion de cohérence là où il n’y a
souvent qu’une juxtaposition d’éléments hétérogènes, interprétés à sens unique.
L’État de droit, que l’on invoque pourtant à longueur de tribunes, ne saurait
fonctionner sur la base de présomptions médiatiques ni de procès par
association.
L’amalgame comme arme politique : Le cœur idéologique de ce discours
repose sur un amalgame systémique : État algérien, régime, institutions,
services de renseignement, diaspora, élus binationaux et citoyens d’origine algérienne
sont fondus dans un même ensemble soupçonné de duplicité. Ce glissement n’est
pas anodin. Il transforme un désaccord politique en soupçon identitaire et
substitue à la critique des politiques publiques une mise en cause diffuse des
appartenances.
Une telle
logique est non seulement infondée, mais politiquement irresponsable. Elle
fragilise la cohésion nationale française, nourrit les réflexes de
stigmatisation et révèle une incapacité persistante à penser les relations
postcoloniales autrement que sous l’angle de la défiance.
Le Sahara occidental : le véritable point de rupture stratégique : Contrairement à ce que suggèrent certains récits médiatiques, la crise actuelle ne procède pas d’une prétendue « obsession algérienne », mais d’une rupture stratégique majeure : la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette décision constitue un renversement de doctrine diplomatique française et une remise en cause d’un cadre international fondé sur les résolutions des Nations unies.
Dans toute
lecture réaliste des relations internationales, une telle inflexion ne peut
être considérée comme secondaire. Elle touche à un dossier que l’Algérie
considère, depuis des décennies, comme un enjeu central de sécurité régionale
et de stabilité maghrébine. Feindre l’étonnement face à la réaction algérienne
relève moins de l’analyse que de la posture.
La contradiction stratégique française : Le discours dominant oscille
désormais entre deux postures incompatibles : présenter l’Algérie comme un
acteur agressif et hostile, tout en reprochant aux médias ou aux autorités
françaises toute prudence susceptible de ménager la relation bilatérale. Cette
contradiction traduit une hésitation stratégique profonde entre posture morale
et réalisme diplomatique.
Or, dans les
relations internationales, l’ambiguïté prolongée n’est jamais perçue comme une
subtilité, mais comme une faiblesse. Elle nourrit la défiance, alimente les
surenchères et obère toute possibilité de dialogue structuré.
La diabolisation comme substitut à la politique
étrangère : À défaut
d’une vision claire et cohérente de sa relation avec l’Algérie, une partie du
débat public français semble avoir opté pour une stratégie de diabolisation
progressive. Celle-ci offre l’illusion du confort moral, mais conduit
inévitablement à l’impasse diplomatique.
L’Algérie
n’est ni un allié naturel ni un ennemi structurel de la France. Elle est une
puissance régionale autonome, avec ses intérêts, ses lignes rouges et sa propre
lecture du monde. La réduire à une entité pathologique ou intrinsèquement
hostile ne renforce ni l’influence française au Maghreb ni la stabilité
régionale.
Une ingérence médiatique qui ne dit pas son nom :
Il convient
enfin de nommer une réalité trop souvent passée sous silence : le rôle actif et
assumé de certains médias marocains dans l’exacerbation des tensions entre la
France et l’Algérie. Que des organes de presse étrangers celles du Makhzen plus
particulièrement, clairement alignés sur
une stratégie étatique régionale, se posent en arbitres des relations
franco-algériennes pose une question simple : de quoi se mêlent-ils ?
Cette
irruption constante d’une presse marocaine ouvertement partisane dans un débat
bilatéral qui ne la concerne pas directement relève moins de l’analyse que de
l’instrumentalisation. Elle vise à exporter un conflit régional, celui du
Sahara occidental en enrôlant des acteurs tiers et en orientant l’opinion
publique française contre l’Algérie.
Il est pour
le moins paradoxal de voir ces mêmes médias dénoncer des ingérences qu’ils
pratiquent eux-mêmes sans retenue, transformant un différend diplomatique
complexe en campagne narrative permanente. Cette diplomatie médiatique de
contournement ne sert ni la stabilité régionale ni la clarté du débat public.
Les relations entre la France et l’Algérie relèvent d’un dialogue entre deux États souverains, façonné par l’histoire, les intérêts stratégiques et les rapports de force. Elles ne gagneront rien à être prises en otage par des narratifs exogènes dictés par des agendas régionaux qui ne disent pas leur nom.
En matière
de relations internationales, une règle élémentaire s’impose : chacun à sa
place. Le reste n’est que bruit, interférences et calculs mal dissimulés dont
le Palais Royal du Makhzen semble avoir très mal dans ses assises !
Le
dilettantisme marocain est impressionnant, c’est avoir mal aux fesses!
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
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