À Davos, la
France n’est pas absente. Elle exhibe sa mise en scène comme un animal en
cage : discours parfait, costumes impeccables, sourire figé. Mais derrière
le décor, le vide est abyssal. La France parle beaucoup, mais pèse de moins
en moins.
Les grandes
déclarations sur l’autonomie européenne et la puissance française sonnent
creuses. Trop visible pour tromper personne, trop calculée pour émouvoir. Davos
n’a pas été un sommet, mais un théâtre de pacotille où la France joue sa
propre disparition.
Souveraineté, ce mot magique qui brille dans tous
les discours mais ne coûte rien, car la réalité est cruelle : chaînes
industrielles étrangères, dépendances énergétiques, dépendances numériques,
alignement économique quasi servile.
La France de
Macron s’est montré ferme et a multiplié les piques à l’encontre de Donald
Trump, sans jamais le citer. Il a jugé inacceptable l’utilisation des droits de
douane comme un moyen de chantage et a dénoncé un monde désormais régi par la
loi du plus fort.
"Ne
nous divisons pas, n’acceptons pas un ordre mondial qui serait dicté par ceux
qui ont la plus grosse voix, le plus gros bâton", a-t-il déclaré,
appelant à ne pas "ouvrir les boîtes de Pandore". Emmanuel
Macron a également mis en garde contre "un nouvel impérialisme"
et "un nouveau colonialisme", des mots qui devraient parvenir
au président américain.
La France
parle d’indépendance tout en courbant l’échine devant chaque directive venue
d’ailleurs. Les déclarations sur la souveraineté ne sont plus que des
illusions décoratives, un artifice pour briller sur scène sans rien changer
dans les coulisses.
Duplication et hypocrisie : le génie français : La France à Davos pratique l’art
consommé du double discours : Pour les investisseurs : «nous sommes
compétitifs, stables, ouverts» « nous sommes éthiques, écologiques,
solidaires ». Cette gymnastique verbale n’est pas un paradoxe, c’est
un système d’auto-séduction. On applaudit la France pour ses promesses
tout en fermant les yeux sur les dégâts réels qu’elle provoque.
Davos est
devenu la scène où l’on fait semblant de gouverner, là où l’on vend des
illusions au prix fort.
Élites mondialisées : Davos révèle le décalage abyssal
entre les élites françaises et le reste du pays. Là-haut, la France est
brillante, ambitieuse, résiliente. Ici-bas, elle est fracturée, inquiète,
essoufflée.
Le sommet
suisse n’est pas une rencontre diplomatique : c’est un miroir grossissant de
la France hors-sol, un pays dirigé par des apparatchiks qui confondent
prestige international et efficacité nationale.
À Davos,
certaines questions ne se posent jamais, un cas de figure : Combien de
dépendances stratégiques peut-on accumuler avant de renoncer à toute autonomie
?
Ces
questions sont taboues, car elles feraient éclater le récit
soigneusement entretenu : la France est souveraine, influente et respectée. En
réalité, c’est un fantôme diplomatique applaudi pour son costume.
Davos comme miroir du déni français
La présence
française à Davos n’est pas un succès diplomatique. C’est un exercice de
déni collectif. On y célèbre un modèle qui ne convainc plus, on y défend un
cap qui fragilise le pays, on y applaudit une élite qui se félicite
d’elle-même.
La France ne
vient plus à Davos pour défendre une vision. Elle vient pour prouver qu’elle
en fait encore partie.
Jusqu’à quand ?
À force de
confondre visibilité et influence, posture et puissance, discours et
souveraineté, la France risque de se réveiller avec une certitude brutale : on
peut être partout invité, et nulle ne part décisif.
Davos n’est
pas la cause du problème. Davos en est le révélateur. Un révélateur cruel, mais
fidèle, d’un pays qui préfère encore les applaudissements internationaux à la
confrontation avec sa propre réalité.
Conclusion : jusqu’à quand cette mascarade ?
À force de
confondre visibilité et influence, posture et pouvoir, discours et réalité,
la France risque de se réveiller avec une évidence brutale : on peut être
invité partout, applaudi partout, mais ne jamais être entendu nulle part.
Davos n’est
pas le problème : c’est le révélateur impitoyable d’une France qui
s’illusionne, tout en se délabrant. Et plus elle applaudit son propre
spectacle, plus le monde, et surtout ses citoyens, s’éloignent.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
.jpg)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire