Académie française : Boualem Sansal plus utile que grand avec un fauteuil pour service rendu !!!!!

Ce n’est pas un choix littéraire, c’est un choix de message. On ne récompense pas un style, on récompense une position. Ce n’est pas la plume qu’on salue, c’est le discours. Quand un écrivain dit exactement ce que le pouvoir aime entendre, il finit décoré. La vraie subversion dérange. Celle-ci rassure. Ce n’est pas une surprise, c’est une cohérence. On appelle ça du courage surtout quand il va dans le bon sens Une nomination qui ne choque que ceux qui lisent vraiment. On vend de la littérature, on livre de la politique. Ce n’est pas un scandale — c’est un signal. L’institution ne choisit pas un écrivain : elle choisit une voix utile. Quand la critique ne vise qu’un seul camp, elle devient un outil. La dissidence qui passe partout… surtout dans les salons. Plus ça confirme le récit dominant, plus ça monte vite.

Il y a des honneurs qui éclairent. D’autres qui dénoncent ceux qui les décernent. La désignation de Boualem Sansal à l’Académie française appartient à la seconde catégorie : moins une reconnaissance littéraire qu’un signal politique, moins un sacre qu’un symptôme.

On nous demande d’applaudir. On nous somme de voir du génie là où il y a surtout de la conformité utile. On invoque la liberté, le courage, la dissidence, ces mots passe-partout que l’institution dégaine quand elle veut transformer un choix idéologique en évidence morale. Le problème n’est pas qu’un écrivain soit critique. Le problème est : critique de quoi, pour qui, et avec quelle indulgence sélective.

L’Académie n’est pas un refuge d’âmes pures. C’est une fabrique de symboles. Et ses choix ne sont jamais innocents. Elle ne consacre pas seulement des styles : elle valide des récits. Elle ne couronne pas seulement des phrases : elle adoube des positions. Quand elle installe quelqu’un sous la Coupole, elle ne dit pas seulement « voici un écrivain » elle dit « voici une parole que nous voulons légitime ».

Il faut arrêter de maquiller les choses avec du vernis culturel : cette nomination n’est pas d’abord un événement littéraire, c’est un geste symbolique, un geste politique, un geste de vitrine  et tout le monde le sait, même ceux qui font semblant de ne pas le voir pour garder la pose élégante et les mains propres.

On ne va pas nous rejouer la scène du génie découvert au dernier moment par une institution soudain frappée par la grâce des lettres ; l’Académie française ne fonctionne pas à l’illumination, elle fonctionne au signal, au message, au choix de voix qu’elle veut mettre sous projecteur, et le projecteur, ici, éclaire moins une œuvre qu’une posture qui tombe remarquablement bien dans le paysage idéologique du moment.

Quand une institution consacre quelqu’un, elle ne dit pas seulement “voici un écrivain”, elle dit “voici une parole que nous validons, voici un discours que nous installons, voici une critique que nous jugeons fréquentable”, et prétendre le contraire relève soit de la naïveté totale, soit du théâtre poli.

On nous parle de courage, mais c’est un courage qui passe très bien à la télévision, qui circule très bien dans les tribunes, qui est repris très vite, très loin, très haut , c’est un courage qui trouve facilement des micros, des relais, des fauteuils, et ce genre de courage-là n’est jamais le plus risqué, seulement le plus compatible.

La vraie parole dérange large. La parole utile dérange ciblé et c’est toujours la seconde qui reçoit les honneurs.

On nous vend une consécration littéraire, mais écoutez les discussions autour de cette nomination : on parle de positions, de déclarations, de lignes idéologiques, de symboles géopolitiques, presque jamais de langue, presque jamais de style, presque jamais d’invention d’écriture, c’est quand même un indice assez énorme, comme une étiquette collée à l’envers sur le produit.

Si c’était un séisme littéraire, on parlerait de phrases. Là, on parle de messages.

Victor Hugo entrait dans l’histoire parce qu’il débordait les institutions, parce qu’il les mettait en tension, parce qu’il forçait l’époque à élargir ses murs ; aujourd’hui on applaudit quelqu’un parce qu’il entre parfaitement dans la pièce sans toucher les bords, sans déplacer les meubles, sans fissurer le plafond, ce n’est pas la même performance, c’est même le sport opposé.

L’Académie adore la critique, à condition qu’elle ne la vise pas, elle. À condition qu’elle confirme son récit du monde. À condition qu’elle ne l’oblige pas à rouvrir ses propres dossiers poussiéreux. C’est une critique à sens unique, comme une rue bien balisée : circulation autorisée, demi-tour interdit.

Ce n’est pas un complot, ce n’est pas une manœuvre secrète, c’est beaucoup plus banal : c’est de la sélection confortable. On choisit la voix qui valide ce qu’on pense déjà, on appelle ça de la lucidité, on appelle ça de la profondeur, on appelle ça du courage, et l’affaire est classée avec ruban vert.

On va dire que contester ce choix, c’est refuser la liberté d’expression, argument paresseux. Personne ne demande le silence de qui que ce soit. On dit simplement qu’un honneur n’est pas neutre, qu’une consécration n’est pas automatique, et qu’on a parfaitement le droit de dire : non, ceci n’est pas un moment majeur de littérature, c’est un moment majeur de positionnement.

Lire n’oblige pas à sacrer. Respecter le droit de parole n’oblige pas à applaudir le couronnement.

Ce fauteuil ne récompense pas seulement un parcours d’écrivain ; il envoie un message culturel clair : voilà le type de critique que nous mettons au sommet, voilà la voix que nous jugeons exemplaire, voilà la dissidence que nous trouvons acceptable — et quand une dissidence devient acceptable pour l’institution qu’elle est censée secouer, ce n’est plus vraiment une secousse, c’est une décoration.

D’abord, qu’ Boualem Sansal ne devienne pas, pour certains, le « bon immigré », comme des antisémites ont leur « bon Juif ». Qu’il ne serve pas de caution à ceux qui, à longueur de journée, attaquent l’immigration, même la plus nécessaire, la plus honorable…

Toutefois, l’académie accepte de considérer que la venue de boualem Sansal en France s’est avérée une chance, parce qu’il avait des motifs douloureux et dramatiques justifiant son départ de son pays d’origine, et parce qu’il possédait les dispositions et la personnalité les plus appropriées au pays d’accueil.

Et qu’on évite aussi cette petite gymnastique morale bien connue : fabriquer le “bon immigré” de service, celui qu’on exhibe comme une pièce à conviction pendant qu’on charge tous les autres. Le tour est classique : on brandit une réussite individuelle comme un certificat collectif, on applaudit l’exception pour mieux soupçonner la règle, et on appelle ça de la lucidité.

Un parcours remarquable n’est pas une autorisation de trier les êtres humains à la vitrine. Ce n’est pas une médaille qu’on épingle sur un débat pour lui donner l’air propre. Transformer une trajectoire personnelle en argument politique prêt-à-servir, c’est de la récupération, pas du respect.

On connaît la ficelle : “Regardez, celui-là est admirable — pourquoi pas les autres ?” Comme si des millions de vies devaient passer un contrôle qualité idéologique pour mériter la dignité de base. Comme si l’humanité fonctionnait par casting.

Non. Une réussite ne valide pas une théorie. Un exemple ne fait pas une règle. Et une intégration réussie ne doit jamais devenir l’alibi commode pour durcir le regard sur tous les autres.

Quand un nom commence à servir d’outil dans un discours qui le dépasse, ce n’est plus un hommage, c’est une utilisation. Presque un mode d’emploi et les êtres humains ne sont pas des accessoires d’argumentation.

Ce n’est pas un scandale. C’est une indication, et les indications, parfois, parlent beaucoup plus fort que les discours.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Quand le Maroc regrette Abdelkrim El Khattabi : autopsie d’une nostalgie factuelle née des bluffs du Makhzen et ses souverains.

Abdelkrim El Khattabi  incarne la dignité et l'intégrité face à un souverain perçu comme une « figure spectrale », maintenue artificiellement par un appareil sécuritaire alors que sa crédibilité politique est épuisée. Ce retour vers le passé est le symptôme d'un désenchantement profond face aux « mensonges fondateurs » d'un régime dont la modernité n'est plus que de façade.

Il est essentiel de comprendre que les marocains, endoctrinés et se détestant eux-mêmes, se trouvent dans cet état parce qu'ils ont été soumis, toute leur vie durant, à la propagande et au conditionnement véhiculés par les médias, l'éducation et le Makhzen Ce conditionnement a été perpétré intentionnellement par le Makhzen organisé, qui domine toutes ces institutions. .

L'administration du royaume manipule et oriente régulièrement la presse à scandale « traditionnelle ». Les journalistes de médias sont des parasites attardés, facilement distraits. Donnez-leur quelque chose de brillant et ils le poursuivront aveuglément pendant des jours.

Honni hier, presque réhabilité aujourd’hui, Abdelkrim El Khattabi est devenu malgré lui l’étalon d’une comparaison cruelle pour le pouvoir en place. Un véritable vent de nostalgie, produit d’un désenchantement profond face aux bluffs et aux promesses non tenues de Mohammed VI. Économie affaiblie, diplomatie isolée, société fracturée: en prétendant rompre avec le passé, le «Maroc Moderne» a surtout révélé toute l’ampleur de ses échecs. C’était (vraiment) mieux avant.

Il y a encore quelques années, comparer Abdelkrim El Khattabi favorablement à un autre souverain marocain relevait presque du sacrilège et surtout le nom du souverain était devenu synonyme de corruption systémique, de paralysie institutionnelle, de prédation oligarchique et d’humiliation nationale.

L’ère Abdelkrim El Khattabi est de plus en plus souvent évoquée comme «le bon vieux temps»,  « le bon vieux temps de la dignité »un point de comparaison favorable face au Makhzen issu de la prétendue «Maroc Moderne» et qu’incarne le souverain actuel Mohamed VI. Cette relecture n’est ni sentimentale ni nostalgique au sens affectif. Elle est froide, factuelle. Elle naît d’un décalage criant entre les mensonges fondateurs de Mohamed VIe et les résultats concrets de son exercice du pouvoir.

Abdelkrim El Khattabi s’impose désormais comme une figure de référence majeure face au pouvoir actuel en raison d’un désenchantement profond et d'une remise en question radicale de la gouvernance de Mohammed VI.

Ce regain d'intérêt pour El Khattabi n'est pas une simple nostalgie émotionnelle ; il est décrit comme une figure qui s’appuie sur le constat que le roi actuel, bien que maintenu artificiellement par le Makhzen, s'est vidé de toute crédibilité au point de devenir une « figure spectrale ».

Bien que le Makhzen utilise l'éducation et les médias pour soumettre les Marocains à un endoctrinement intentionnel et à une propagande constante, ce contrôle semble s'effriter face à l'ampleur des échecs concrets. Le vent de nostalgie envers El Khattabi agit comme un révélateur de l'humiliation nationale ressentie face à la paralysie institutionnelle actuelle.

La perte d'influence du pouvoir est également illustrée par le tournant historique au sujet du Sahara occidental, où 50 ans de mobilisation de financements colossaux et d'appareil diplomatique n'auraient pas empêché le retour de l'autodétermination au centre des négociations. Ce revers renforce la perception d'un pouvoir affaibli par rapport à la figure historique et intègre d'El Khattabi.

En somme, l’image El Khattabi est réhabilitée par l'opinion car il représente une alternative symbolique à un système perçu comme étant fondé sur le « bluff » et les promesses non tenues.

Le conditionnement social et la propagande orchestrés par le Makhzen entraînent des conséquences psychologiques profondes et délétères sur la population marocaine :

La conséquence la plus frappante mentionnée est que les Marocains finissent par être « endoctrinés et se détestant eux-mêmes ». Ce sentiment de haine de soi résulte d'une exposition permanente, durant toute une vie, à la propagande véhiculée par les institutions étatiques, l'éducation et les médias.

La population souffre d'un « désenchantement profond » face aux promesses non tenues et aux « bluffs » du pouvoir en place. Ce décalage entre les discours officiels et la réalité concrète de l'exercice du pouvoir génère une perte de confiance généralisée. L'état actuel du pays, marqué par la corruption et la paralysie institutionnelle, est vécu comme une « humiliation nationale ». Ce sentiment est renforcé par ce que les sources décrivent comme le vide de crédibilité de l'État.

Le conditionnement et les échecs politiques ont abouti à une « société fracturée ». Les individus se retrouvent dans un état de vulnérabilité où ils peuvent être facilement distraits par des sujets superficiels, à l'image des journalistes décrits comme poursuivant aveuglément « quelque chose de brillant » qu'on leur donne.

Face au malaise actuel, une forme de nostalgie factuelle » émerge. Ce n'est pas une émotion sentimentale, mais une réaction psychologique de repli vers des figures passées (comme Abdelkrim El Khattabi) perçues comme plus intègres face aux « mensonges fondateurs » du présent.

Enfin, les sources suggèrent que la fin de décennies de stratégies diplomatiques (notamment sur la question du Sahara occidental) pourrait marquer l'effondrement des piliers psychologiques sur lesquels reposait une partie de cette mobilisation nationale. Les médias traditionnels sont considérés comme des outils de propagande en raison de leur intégration directe dans un système de contrôle centralisé et de leur rôle actif dans la manipulation de l'opinion publique.

La presse traditionnelle ne fonctionne pas de manière indépendante, car elle fait partie des institutions que le « Makhzen organisé » domine de manière hégémonique. Cette domination permet une coordination directe entre les orientations politiques et les messages diffusés aux citoyens.

L'administration du royaume ne se contente pas de superviser ; elle manipule et oriente régulièrement la presse dite « traditionnelle » ou « à scandale ». Les médias servent donc de relais aux « mensonges fondateurs » du pouvoir, créant un décalage flagrant entre le discours officiel et les résultats concrets de l'exercice du pouvoir.

Les journalistes sont décrits comme des vecteurs de distraction. Le pouvoir leur fournit des sujets superficiels ou sensationnels « quelque chose de brillant » qu'ils poursuivent aveuglément pendant des jours. Cette méthode permet de détourner l'attention du public des problèmes structurels tels que l'économie affaiblie, la corruption systémique ou l'isolement diplomatique.

Les médias agissent de concert avec le système éducatif pour soumettre les Marocains à un conditionnement durant toute leur vie. Ce processus vise à l'endoctrinement de la population, allant jusqu'à générer une forme d'aliénation ou de « haine de soi » chez les individus.

Les médias et l'appareil diplomatique ont été mobilisés pendant 50 ans pour soutenir des positions spécifiques (notamment sur le Sahara occidental), mobilisant des financements colossaux pour maintenir ce que les sources qualifient de « thèse coloniale » face aux revendications d'autodétermination.

En résumé, les médias traditionnels sont perçus comme des instruments de propagande parce qu'ils sont intentionnellement utilisés par le Makhzen pour maintenir une image artificielle de stabilité et de modernité tout en occultant la «paralysie institutionnelle» et la perte de crédibilité de l'État.

Le Makhzen maintient artificiellement son pouvoir à travers une stratégie multidimensionnelle reposant sur le contrôle institutionnel, la manipulation de l'information et l'exploitation de ressources étatiques. Le Makhzen est décrit comme une organisation qui domine l'ensemble des institutions, en particulier le système éducatif et les médias. Cette emprise permet de soumettre la population, tout au long de sa vie, à un conditionnement et à une propagande intentionnelle. L'objectif de cet endoctrinement est de modeler la perception des citoyens, allant jusqu'à provoquer une forme d'aliénation ou de «haine de soi».

L'administration du royaume manipule et oriente régulièrement la presse traditionnelle. Pour maintenir son contrôle, elle utilise des tactiques de distraction : en fournissant des sujets superficiels ou sensationnels (« quelque chose de brillant ») aux journalistes, elle s'assure qu'ils les poursuivront aveuglément, détournant ainsi l'attention des échecs politiques et sociaux.

Le maintien au pouvoir repose également sur une structure de corruption systémique et de prédation oligarchique. Les sources indiquent que même lorsque l'État se vide de toute crédibilité, le pouvoir est maintenu de manière « artificielle » et « spectrale » malgré une paralysie institutionnelle et une humiliation nationale flagrantes. Ce maintien s'appuie sur des « mensonges fondateurs » qui tentent de masquer une économie affaiblie et une société fracturée.

Mobilisation de ressources massives sur le plan international et diplomatique, le pouvoir a maintenu sa position en mobilisant : Des financements colossaux. L'ensemble de son appareil diplomatique. Le maintien de son armement pour soutenir ce que les sources qualifient de « thèse coloniale ». Ce système global de « magouilles » et de pressions financières est présenté comme le pilier ayant permis de soutenir artificiellement les thèses du pouvoir avant le tournant politique marqué par la résolution 2797 de l'ONU.

À l'intérieur du pays, l'usage des ressources est marqué par une « prédation oligarchique » et une « corruption systémique ». Ces mécanismes financiers permettent de maintenir artificiellement au pouvoir une figure souveraine devenue « spectrale », même lorsque l'État perd toute crédibilité aux yeux de la population.

Le Makhzen utilise sa domination financière pour contrôler les institutions clés comme l'éducation et les médias. En manipulant la presse traditionnelle et en offrant aux journalistes des sujets de diversion,  décrits comme « quelque chose de brillant » à poursuivre, le pouvoir s'assure que les ressources médiatiques servent la propagande et le conditionnement plutôt que l'information factuelle.

Des « mensonges fondateurs » qui soulignent un décalage entre l'usage des fonds pour promouvoir l'image d'un « Maroc Moderne » et la réalité d'une économie affaiblie. Ces financements servent à masquer les échecs concrets de l'exercice du pouvoir par Mohammed VI derrière des promesses non tenues et des discours de façade.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Déclassement, nostalgie coloniale et haine médiatique : pourquoi la France s’acharne sur l’Algérie :

Je reviens un peu sur la diffusion, le 22 janvier, par le service public français France 2, du numéro de Complément d’enquête intitulé « Rumeurs et coups tordus, la guerre secrète entre la France et l’Algérie » qui constitue un acte politique majeur à mon sens. Non pas une simple émission de télévision, non pas un exercice journalistique discutable, mais un moment de bascule, où la frontière entre information, propagande et règlement de comptes postcoloniaux a été délibérément franchie.

Car il faut appeler les choses par leur nom : ce programme ne documente pas une « guerre secrète », il la fabrique. Il ne révèle pas une hostilité, il l’organise. Il ne questionne pas le pouvoir, il sert une stratégie politique inscrite dans une séquence électorale française marquée par la panique, le déclassement et l’absence totale de projet.

Une hostilité construite, méthodique et assumée

Depuis l’été 2024, un climat délétère s’est progressivement installé dans le discours politique et médiatique français à l’égard de l’Algérie. Cette hostilité ne relève ni d’un malentendu diplomatique, ni d’un différend circonstanciel. Elle est structurelle, idéologique et historique. Elle s’inscrit dans la continuité d’un refus jamais digéré : celui de l’indépendance algérienne.

La coïncidence entre cette escalade et le séisme politique provoqué par les élections législatives de juin 2024 est tout sauf fortuite. La recomposition politique française, défavorable aux droites traditionnelles et aux extrêmes droites, a déclenché une stratégie de repli identitaire classique : désigner un ennemi extérieur, activer les peurs, réveiller les fantômes coloniaux et mobiliser l’inconscient collectif autour d’un récit national blessé.

Dans cette mécanique, l’Algérie occupe une place centrale. Elle cristallise à la fois la mémoire de la défaite coloniale, la question migratoire, l’islam, la souveraineté perdue et le ressentiment d’un empire déchu.

Le service public français comme relais idéologique

Que cette opération soit menée par un média public est particulièrement grave. Complément d’enquête a recyclé, sans nuance ni distance critique, des schémas narratifs hérités de la guerre coloniale :

  • un État algérien présenté comme intrinsèquement autoritaire,
  • des services soupçonnés de manipulations et de menaces,
  • une diaspora décrite comme instrumentalisée, voire prise en otage.

Ce récit n’est pas nouveau. Il est exactement celui qui, dans les années 1950, qualifiait le FLN d’organisation terroriste, criminelle, prédatrice, afin de délégitimer une lutte de libération nationale pourtant reconnue aujourd’hui par l’Histoire.

Les profils choisis comme témoins militants séparatistes, figures marginales, influenceurs notoirement hostiles à l’État algérien, ne relèvent pas d’un pluralisme malheureux, mais d’un choix politique assumé. Comme hier les harkis furent instrumentalisés contre l’Algérie indépendante, certains acteurs sont aujourd’hui recyclés comme leviers de déstabilisation symbolique.

Une diplomatie algérienne irréprochable, une accusation infondée

Il est essentiel de le rappeler avec force : l’Algérie n’a initié aucune escalade. Sa diplomatie est reconnue pour sa constance, son attachement au droit international, à la souveraineté des États et à la résolution pacifique des conflits. Elle entretient d’excellentes relations avec de nombreux partenaires européens, y compris membres de l’OTAN, ce qui ruine toute tentative d’isolement diplomatique.

La véritable rupture est venue de Paris. La reconnaissance unilatérale, en juillet 2024, de la « marocanité » du Sahara occidental par le président Emmanuel Macron constitue un acte de rupture délibéré, en violation des résolutions des Nations unies et de la position historique de neutralité française. Ce choix, effectué au lendemain d’une débâcle électorale, révèle sa nature réelle : un acte de politique intérieure, destiné à flatter des segments électoraux précis, au prix d’un conflit durable avec l’Algérie.

Le traumatisme post-impérial français

Au fond, cette offensive n’est pas dirigée contre l’Algérie en tant que telle. Elle est le symptôme d’un malaise français plus profond : un déclassement économique, diplomatique, militaire et symbolique que les élites françaises refusent d’assumer.

Dans leur imaginaire, ce déclassement commence avec la perte de l’Algérie. Ce traumatisme non résolu continue d’empoisonner leur rapport au monde. Incapables de rivaliser par la compétitivité économique, l’innovation ou l’offre politique, certains cercles rêvent encore d’un retour à une relation asymétrique, faite de dépendance, de pression et d’extraction de ressources, non plus par les canonnières, mais par la contrainte diplomatique, médiatique et collective.

Ne disposant ni des moyens militaires, ni des leviers économiques pour imposer leur volonté à l’Algérie, ces cercles cherchent à européaniser et otaniser le conflit, espérant entraîner l’Union européenne et l’Alliance atlantique dans une logique de coercition indirecte. Une stratégie vouée à l’échec, tant l’Algérie a diversifié ses alliances et consolidé sa position internationale.

L’Algérie face à la tempête

Face à cette guerre diplomatico-médiatique, l’Algérie doit opposer une ligne claire : ni naïveté, ni réaction émotionnelle. Cette offensive ira crescendo jusqu’aux élections présidentielles françaises de 2027, avant de s’éteindre, une fois l’objectif électoral atteint.

En attendant, l’Algérie avance. Elle se développe, s’industrialise, modernise ses infrastructures, renforce sa souveraineté énergétique, alimentaire et militaire. Pendant que certains médias français s’acharnent à caricaturer une « Algérie autoritaire », le pays construit patiemment les bases de son autonomie stratégique.

Se libérer définitivement du complexe colonial

Il est temps, pour les Algériens, de se débarrasser définitivement du complexe du colonisé. Le régime français qui s’agite aujourd’hui est un régime en perte de crédibilité internationale, en crise politique chronique, économiquement fragilisé et diplomatiquement aligné.

Répondre à ses provocations, c’est encore lui accorder une centralité qu’il ne mérite plus. La véritable réponse réside dans la constance, la souveraineté et la confiance en soi.

Car au bout du compte, cette agitation révèle moins la faiblesse de l’Algérie que la déliquescence d’un système politique français incapable d’assumer la fin de son monde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Bruxelles ou la démocratie sous sanctions : le cas d’un journaliste rayé de l’Europe

Un journaliste privé d’eau, de nourriture et de droits, sans procès.
Bienvenue dans la liberté de la presse européenne version 2026.

Il fut un temps où l’Union européenne aimait se présenter comme un rempart. Un rempart contre l’arbitraire, contre la censure, contre les pulsions autoritaires. Un phare, disait-elle, dans la nuit des démocraties vacillantes. Aujourd’hui, ce phare sert surtout à éblouir ceux qu’on est en train de noyer.

Le cas de Hüseyin Doğru n’est pas une bavure. C’est un mode opératoire.

Selon la justification de l'UE, le reportage de Doğru sur le mouvement de solidarité avec la Palestine en Allemagne «sème la discorde ethnique, politique et religieuse» et aide ainsi «les activités déstabilisatrices de la Russie».

Non seulement le compte bancaire de Doğru, mais aussi celui de sa femme enceinte ont été gelés, bien qu'elle ne figure pas sur la liste des sanctions. Doğru n'a accès qu'à une allocation de subsistance minimale après des semaines d'approbation par la Bundesbank (Banque fédérale allemande). Sa liberté de mouvement a été réduit et il ne peut pas être légalement employé comme journaliste par exemple par junge Welt, qui a demandé à l'embaucher – car, selon le ministère allemand de l'Économie, un tel emploi violerait l'«interdiction de mise à disposition de fonds» de l'UE et constituerait une infraction pénale.

Sous le noble prétexte de la lutte contre la « désinformation », Bruxelles a fait ce qu’aucune démocratie digne de ce nom n’ose faire à visage découvert : détruire un journaliste sans procès, anéantir sa vie matérielle, punir sa famille, tout en jurant la main sur le cœur qu’il ne s’agit pas d’une sanction, mais d’une simple « mesure comportementale ». La novlangue n’a jamais aussi bien porté son nom.

Pas une peine, juste une asphyxie : Officiellement, l’Union européenne ne punit pas. Elle “modifie des comportements”.
Dans les faits, elle gèle les comptes, interdit toute transaction, bloque les salaires, empêche l’achat de nourriture, d’eau, de médicaments. Elle interdit même qu’un ami tende un panier de provisions, sous peine de poursuites pénales. Elle étend la sanction à l’épouse, aux enfants, aux nouveau-nés à venir. On appelle cela, dans un vocabulaire moins pudique, une mort civile.

Un détenu, comme le dit Doğru avec une lucidité glaçante, conserve plus de droits. Lui peut acheter à la cantine. Lui existe encore juridiquement.
Le journaliste sanctionné par l’UE, lui, est maintenu dans un état intermédiaire : ni condamné, ni innocent, mais écrasé.

Sans juge, sans preuve, sans audience : Le détail le plus obscène de cette affaire n’est même pas la brutalité matérielle. C’est l’absence totale de procédure.

Aucun tribunal. Aucune audience.. Aucune confrontation des preuves. Aucun droit effectif à la défense.

Bruxelles accuse Hüseyin Doğru d’« attiser la discorde » par son journalisme pro-palestinien, ce qui, par un raisonnement d’une souplesse quasi artistique, servirait indirectement les intérêts de la Russie.
Aucune preuve publique n’a jamais été produite. Zéro. Nada. Le néant, soigneusement emballé dans un jargon technocratique.

La culpabilité n’est plus démontrée : elle est décrétée.

L’UE comme machine à contournement démocratique : Doğru le dit très clairement, et il faut l’écouter : Si l’Allemagne avait voulu agir directement, elle aurait dû passer devant un juge. Affronter le droit. Supporter la contradiction. Alors on a externalisé la besogne.

L’Union européenne devient ainsi l’outil de ce que les États n’osent plus faire seuls. Une zone grise juridique où l’on peut frapper sans rendre de comptes. Une exécution extrajudiciaire sous drapeau étoilé.

Ce n’est pas un accident du système. C’est le système.

Soyons honnêtes jusqu’au bout : ce qui est reproché à Hüseyin Doğru, ce n’est pas d’être pro-russe. Il a toujours critiqué Moscou et la guerre en Ukraine.
Son crime est plus impardonnable : il a filmé, documenté, montré. Il a couvert des occupations universitaires pro-palestiniennes à Berlin. Il a fait son travail.

Mais dans l’Europe version 2025, informer devient suspect dès lors que cela trouble la narration officielle. La liberté de la presse est tolérée tant qu’elle reste décorative. Contestataire, jamais.

La désinformation n’est plus ce qui est faux. C’est ce qui dérange.

Un précédent, pas une exception : Les conservateurs qui se réjouissent en silence devraient méditer. Les libertariens aussi. Les souverainistes, les journalistes indépendants, les gêneurs professionnels.
Aujourd’hui, c’est un journaliste de gauche, pro-palestinien. Demain, ce sera un autre. Le mécanisme est prêt, huilé, testé, avec une boîte à outils complète pour neutraliser sans juger.

Comme le souligne un avis juridique accablant présenté au Parlement européen, ces mesures violent frontalement la liberté d’expression et la liberté de la presse. Elles sont disproportionnées, arbitraires, destructrices.
Mais elles fonctionnent.

La brûlure lente

Ce que l’Union européenne fait subir à Hüseyin Doğru n’est pas seulement une injustice individuelle. C’est un message.
Un avertissement silencieux adressé à tous ceux qui prennent encore au sérieux l’idée de presse libre. Regardez. Apprenez. Tenez-vous tranquilles.

La démocratie ne meurt pas toujours sous les bottes. Parfois, elle agonise sous les formulaires, les règlements, les gels administratifs, les phrases creuses sur la “résilience informationnelle”.

Et pendant que Bruxelles parle de valeurs, un journaliste regarde ses enfants et se demande comment les nourrir. Voilà ce que l’Europe est devenue quand elle prétend nous protéger de la désinformation : une machine à broyer les voix dissidentes avec un sourire réglementaire.

Ce qui frappe le journaliste n’est ni plus ni moins qu’une peine de mort  Lente, Vicieuse, Couarde.On n’est plus à un pas du totalitarisme fasciste, on est en plein dedans.

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Colonisation : quand la France veut se poser en victime de l’Histoire

La colère de l’extreme droite face au vote des députés algériens criminalisant la colonisation française n’est pas une réaction intellectuelle. C’est un réflexe de défense identitaire, un spasme mémoriel, un cri de douleur d’un imaginaire colonial qui refuse obstinément de mourir. Car enfin, qu’a fait l’Algérie ? Elle a nommé. Juridiquement. Politiquement. Souverainement. Et cela, pour une certaine presse française, reste un crime impardonnable.

On tolère volontiers que la colonisation soit un « sujet complexe ». On accepte même, parfois, qu’elle ait été « violente ». Mais qu’elle soit qualifiée de crime d’État ? Voilà la ligne rouge. Non pas parce que ce serait faux — mais parce que cela ôte à l’ancienne puissance coloniale le privilège de l’ambiguïté.

La nostalgie camouflée en lucidité

Le texte de ce media de l’extrême droite s’ouvre sur une élégie : Camus, la lumière, la mer, la douleur intime. Le procédé est connu. Il s’agit de poétiser la colonisation pour mieux dissoudre sa réalité matérielle. De remplacer un système de domination par une atmosphère. Une sensation. Une nostalgie.

La biographie sert ici de blanchiment idéologique. La souffrance réelle des juifs d’Algérie  tragédie historique indiscutable est convoquée non pour réclamer justice, mais pour relativiser le crime colonial, comme si l’addition des douleurs annulait la responsabilité structurelle. Vieille ruse : transformer l’histoire en compétition victimaire pour éviter toute qualification politique.

“Ressassement” : le mot préféré des amnésiques

L’Algérie « ressasserait ». Autrement dit, elle parlerait trop. Trop fort. Trop longtemps. Trop mal. Elle devrait, selon cette logique, tourner la page, page écrite par d’autres, arrachée par la force, annotée au sang.

Ce reproche est obscène. Car ce qui est appelé « ressassement » n’est rien d’autre que le refus de l’oubli imposé. L’exigence de ne plus traiter la colonisation comme une querelle d’historiens, mais comme un fait politique aux conséquences durables. Ce que la France de l’extreme droite reproche à l’Algérie, ce n’est pas de garder le silence, mais de ne plus se taire.

La “rente mémorielle” ou l’arrogance intacte

La formule est révélatrice : rente mémorielle. Elle suppose que les anciens colonisés exploiteraient leur passé comme un fonds de commerce, pendant que l’ancienne puissance, elle, serait sommée de payer indéfiniment pour des fautes déjà prescrites par sa propre conscience.

Mais qui parle ici de rente ? Un pays qui a bâti sa richesse, ses infrastructures, son statut international sur une extraction massive de ressources, de terres et de vies, ou un pays qui tente de faire reconnaître juridiquement ce qui lui a été infligé ?

La vérité est simple : ce que cette presse ne supporte pas, ce n’est pas la mémoire algérienne, c’est l’asymétrie qu’elle révèle encore.

Quand la souveraineté devient insupportable : Car au fond, tout est là. L’Algérie agit comme un État souverain. Elle légifère sur son histoire. Elle définit ce qui relève du crime et ce qui relève de l’apologie. Exactement ce que la France fait lorsqu’il s’agit de son propre passé — ou de celui des autres.

Mais voilà : la souveraineté algérienne n’est acceptable que lorsqu’elle est décorative. Culturelle. Folklorique. Dès qu’elle devient juridique, politique, contraignante, elle est jugée agressive, immature, vindicative. L’égalité formelle entre États reste, pour certains, une fiction dangereuse.

Parler d’hier pour éviter aujourd’hui, l’argument des paresseux : L’accusation finale est d’une banalité confondante : l’Algérie parlerait du passé pour masquer ses échecs présents. Argument universel des dominants face aux dominés. On l’a entendu partout, tout le temps. Comme si un peuple devait choisir entre mémoire et avenir. Comme si la justice historique était un luxe réservé aux nations prospères.

Ce raisonnement est non seulement faux, il est cynique. Car ce sont précisément les blessures non reconnues qui empoisonnent le présent. Ce sont les silences imposés qui nourrissent les crises. Criminaliser la colonisation n’empêche pas de gouverner : cela refuse simplement de gouverner sur le mensonge.

Ce que cette rage dit vraiment : Cette colère française ne parle pas de l’Algérie. Elle parle de la fin d’un monopole moral. De l’effondrement progressif d’un récit où la France pouvait être à la fois juge, partie et narratrice. Elle parle de la panique de ceux qui découvrent que l’histoire peut désormais se retourner, non par vengeance, mais par droit.

La colonisation n’est pas un souvenir. C’est une structure. Et lorsqu’un État anciennement colonisé décide de la nommer comme telle crime d’État  ce n’est pas l’histoire qu’il enferme, c’est le déni qu’il fissure. La haine est là. Elle est lente. Elle est irréversible et elle n’a rien de juste.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Martine à Alger : indignation identitaire d’un vieux réflexe colonial :

La visite de Ségolène Royal en Algérie a déclenché une tempête de dénonciations dans une partie de la presse de droite radicalisée. À les lire, l’ancienne ministre n’aurait pas dialogué : elle se serait soumise. Derrière cette fureur morale, une mécanique bien rodée : disqualifier toute parole qui refuse la posture de domination, criminaliser la mémoire coloniale, et maquiller la nostalgie impériale en fermeté républicaine.

Une colère pavlovienne : Il aura suffi que Ségolène Royal mette un pied à Alger sans discours martial, sans ultimatum, sans coups de menton, pour que certaines plumes dégainent l’artillerie lourde. Le vocabulaire est connu : soumission, trahison, intelligence avec l’ennemi. Rien de neuf. Une colère pavlovienne, réflexe conditionné d’un camp qui confond encore diplomatie et rapport de force, dialogue et capitulation.

Car ce qui est reproché à Ségolène Royal n’est pas tant ce qu’elle a dit que ce qu’elle a refusé d’incarner : la France offensée, blessée, donneuse de leçons, sommée de rappeler à l’Algérie sa place dans un imaginaire post-impérial jamais digéré.

“Repentance” : le mot qui évite de penser : Le mot est brandi comme une menace existentielle : repentance. Mot-épouvantail, mot-bâillon. Il permet d’évacuer toute discussion sérieuse sur l’histoire coloniale en la réduisant à une posture morale excessive, presque pathologique. Comme si reconnaître une violence passée revenait à dissoudre la nation dans la culpabilité.

Cette obsession trahit surtout une angoisse identitaire profonde : celle d’une France qui ne serait plus seule à écrire le récit, à distribuer les rôles, à fixer le sens de l’Histoire. Or une démocratie adulte ne s’effondre pas lorsqu’elle regarde son passé en face. Elle s’affaiblit, en revanche, lorsqu’elle transforme l’amnésie en dogme.

Le journaliste comme pièce à conviction : L’emprisonnement du journaliste Christophe Gleizes est grave. Il appelle une mobilisation constante et ferme. Mais son nom est ici utilisé comme un instrument de mise à l’épreuve idéologique. Non pour défendre la liberté de la presse, mais pour jauger la loyauté nationale de celle qui parle.

Cette instrumentalisation est révélatrice : les droits humains ne sont invoqués que lorsqu’ils servent une narration préexistante. L’indignation devient conditionnelle, stratégique, sélective. Le journaliste cesse d’être un sujet de droit pour devenir un argument de disqualification.

La souveraineté des autres, toujours suspecte : La contradiction est flagrante : ceux qui invoquent la souveraineté française à tout propos s’irritent dès qu’une autre nation affirme la sienne. La souveraineté algérienne devient alors provocation, affront, presque insulte. Comme si l’égalité entre États restait, dans certains esprits, une concession douloureuse.

C’est ici que ressurgit le vieux logiciel colonial : si la France ne domine pas, elle serait dominée. Il n’existe pas de relation horizontale, seulement des rapports de force. Cette vision empêche toute diplomatie mature et condamne la relation franco-algérienne à l’éternel ressentiment.

“Mélenchonisation” : le cache-misère idéologique Faute d’arguments solides, on invoque l’incantation magique : mélenchonisation. Tout devient contamination. Plus besoin d’analyser, de contextualiser, de débattre. On colle une étiquette et l’affaire est classée.

Cette stratégie n’est pas une critique politique : c’est un renoncement intellectuel. Elle dit moins quelque chose de Ségolène Royal que de l’incapacité de ses détracteurs à penser un monde où la gauche ne serait pas réduite à une caricature commode.

L’humanisme à géométrie variable : La morale brandie en fin de parcours achève de dévoiler le double standard. On se découvre soudain une compassion sélective pour certaines victimes, tout en soupçonnant d’illégitimité celles qui ne cadrent pas avec le récit dominant. Certaines souffrances seraient plus respectables que d’autres, moins “compatibles”, trop chargées politiquement. Ce n’est pas une incohérence : c’est une ligne idéologique. L’universalisme proclamé se dissout dès qu’il devient inconfortable.

Ce que cette fureur dit vraiment : Cette polémique ne parle pas de Ségolène Royal. Elle révèle une crispation plus large : celle d’un camp qui confond autorité et nostalgie, fermeté et ressentiment, grandeur et déni historique. Une France rêvée, figée, qui refuse d’admettre que le monde ne gravite plus autour d’elle.

La brûlure est là. Elle est lente, certes, mais nécessaire. Car ce qui est en jeu n’est pas une visite diplomatique, mais la capacité collective à sortir enfin d’un imaginaire de domination pour entrer dans une relation adulte avec l’histoire et avec les autres.

Le délire comme politique étrangère : Certains ont au moins le mérite de la franchise. Puisque reconnaître la souveraineté algérienne serait une offense, autant aller jusqu’au bout : tout rompre, tout couper, tout fermer, tout expulser. Plus de soins, plus d’accords, plus de relations. Des corps largués au large, des manœuvres militaires pour se rassurer, des lieux de culte recyclés selon une géographie ethnique plus confortable. Le fantasme est clair : une diplomatie de la punition, une géopolitique du règlement de comptes, une République rêvée comme une zone de représailles permanentes.

Ce catalogue n’est pas un excès de colère. C’est un programme imaginaire, cohérent dans sa brutalité, où l’on confond souveraineté et vengeance, fermeté et humiliation collective. Une politique étrangère pensée comme une expulsion généralisée, où l’histoire sert de prétexte à l’épuration symbolique et la mémoire de carburant à la rage.

À ce stade, il ne s’agit plus de défendre la France, mais de la rabougrir. La réduire à un réflexe. À une crispation. À une nostalgie militarisée incapable de penser le monde autrement que comme une liste d’ennemis à éloigner, de frontières à fermer, de comptes à solder.

Car enfin, quel aveu plus accablant que celui-ci : pour certains, la souveraineté des autres est si insupportable qu’elle appelle la rupture totale, la démonstration de force, le fantasme disciplinaire. Comme si l’égalité entre États était une menace existentielle. Comme si parler à l’Algérie revenait déjà à capituler.

Face à ce délire froid, reconnaître la souveraineté d’un pays même conflictuel, même difficile  n’est pas une faiblesse. C’est le dernier rempart contre la farce autoritaire. Car à force de vouloir humilier l’autre, on finit toujours par défigurer ce que l’on prétend sauver.

La brûlure, ici, n’est plus seulement historique. Elle est politique. Et elle révèle une vérité simple : ce qui effraie tant ces indignations furieuses, ce n’est pas l’Algérie. C’est l’idée qu’un jour, peut-être, la France n’aura plus le monopole du récit  ni celui de la colère légitime.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/