Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Déclassement, nostalgie coloniale et haine médiatique : pourquoi la France s’acharne sur l’Algérie :

Je reviens un peu sur la diffusion, le 22 janvier, par le service public français France 2, du numéro de Complément d’enquête intitulé « Rumeurs et coups tordus, la guerre secrète entre la France et l’Algérie » qui constitue un acte politique majeur à mon sens. Non pas une simple émission de télévision, non pas un exercice journalistique discutable, mais un moment de bascule, où la frontière entre information, propagande et règlement de comptes postcoloniaux a été délibérément franchie.

Car il faut appeler les choses par leur nom : ce programme ne documente pas une « guerre secrète », il la fabrique. Il ne révèle pas une hostilité, il l’organise. Il ne questionne pas le pouvoir, il sert une stratégie politique inscrite dans une séquence électorale française marquée par la panique, le déclassement et l’absence totale de projet.

Une hostilité construite, méthodique et assumée

Depuis l’été 2024, un climat délétère s’est progressivement installé dans le discours politique et médiatique français à l’égard de l’Algérie. Cette hostilité ne relève ni d’un malentendu diplomatique, ni d’un différend circonstanciel. Elle est structurelle, idéologique et historique. Elle s’inscrit dans la continuité d’un refus jamais digéré : celui de l’indépendance algérienne.

La coïncidence entre cette escalade et le séisme politique provoqué par les élections législatives de juin 2024 est tout sauf fortuite. La recomposition politique française, défavorable aux droites traditionnelles et aux extrêmes droites, a déclenché une stratégie de repli identitaire classique : désigner un ennemi extérieur, activer les peurs, réveiller les fantômes coloniaux et mobiliser l’inconscient collectif autour d’un récit national blessé.

Dans cette mécanique, l’Algérie occupe une place centrale. Elle cristallise à la fois la mémoire de la défaite coloniale, la question migratoire, l’islam, la souveraineté perdue et le ressentiment d’un empire déchu.

Le service public français comme relais idéologique

Que cette opération soit menée par un média public est particulièrement grave. Complément d’enquête a recyclé, sans nuance ni distance critique, des schémas narratifs hérités de la guerre coloniale :

  • un État algérien présenté comme intrinsèquement autoritaire,
  • des services soupçonnés de manipulations et de menaces,
  • une diaspora décrite comme instrumentalisée, voire prise en otage.

Ce récit n’est pas nouveau. Il est exactement celui qui, dans les années 1950, qualifiait le FLN d’organisation terroriste, criminelle, prédatrice, afin de délégitimer une lutte de libération nationale pourtant reconnue aujourd’hui par l’Histoire.

Les profils choisis comme témoins militants séparatistes, figures marginales, influenceurs notoirement hostiles à l’État algérien, ne relèvent pas d’un pluralisme malheureux, mais d’un choix politique assumé. Comme hier les harkis furent instrumentalisés contre l’Algérie indépendante, certains acteurs sont aujourd’hui recyclés comme leviers de déstabilisation symbolique.

Une diplomatie algérienne irréprochable, une accusation infondée

Il est essentiel de le rappeler avec force : l’Algérie n’a initié aucune escalade. Sa diplomatie est reconnue pour sa constance, son attachement au droit international, à la souveraineté des États et à la résolution pacifique des conflits. Elle entretient d’excellentes relations avec de nombreux partenaires européens, y compris membres de l’OTAN, ce qui ruine toute tentative d’isolement diplomatique.

La véritable rupture est venue de Paris. La reconnaissance unilatérale, en juillet 2024, de la « marocanité » du Sahara occidental par le président Emmanuel Macron constitue un acte de rupture délibéré, en violation des résolutions des Nations unies et de la position historique de neutralité française. Ce choix, effectué au lendemain d’une débâcle électorale, révèle sa nature réelle : un acte de politique intérieure, destiné à flatter des segments électoraux précis, au prix d’un conflit durable avec l’Algérie.

Le traumatisme post-impérial français

Au fond, cette offensive n’est pas dirigée contre l’Algérie en tant que telle. Elle est le symptôme d’un malaise français plus profond : un déclassement économique, diplomatique, militaire et symbolique que les élites françaises refusent d’assumer.

Dans leur imaginaire, ce déclassement commence avec la perte de l’Algérie. Ce traumatisme non résolu continue d’empoisonner leur rapport au monde. Incapables de rivaliser par la compétitivité économique, l’innovation ou l’offre politique, certains cercles rêvent encore d’un retour à une relation asymétrique, faite de dépendance, de pression et d’extraction de ressources, non plus par les canonnières, mais par la contrainte diplomatique, médiatique et collective.

Ne disposant ni des moyens militaires, ni des leviers économiques pour imposer leur volonté à l’Algérie, ces cercles cherchent à européaniser et otaniser le conflit, espérant entraîner l’Union européenne et l’Alliance atlantique dans une logique de coercition indirecte. Une stratégie vouée à l’échec, tant l’Algérie a diversifié ses alliances et consolidé sa position internationale.

L’Algérie face à la tempête

Face à cette guerre diplomatico-médiatique, l’Algérie doit opposer une ligne claire : ni naïveté, ni réaction émotionnelle. Cette offensive ira crescendo jusqu’aux élections présidentielles françaises de 2027, avant de s’éteindre, une fois l’objectif électoral atteint.

En attendant, l’Algérie avance. Elle se développe, s’industrialise, modernise ses infrastructures, renforce sa souveraineté énergétique, alimentaire et militaire. Pendant que certains médias français s’acharnent à caricaturer une « Algérie autoritaire », le pays construit patiemment les bases de son autonomie stratégique.

Se libérer définitivement du complexe colonial

Il est temps, pour les Algériens, de se débarrasser définitivement du complexe du colonisé. Le régime français qui s’agite aujourd’hui est un régime en perte de crédibilité internationale, en crise politique chronique, économiquement fragilisé et diplomatiquement aligné.

Répondre à ses provocations, c’est encore lui accorder une centralité qu’il ne mérite plus. La véritable réponse réside dans la constance, la souveraineté et la confiance en soi.

Car au bout du compte, cette agitation révèle moins la faiblesse de l’Algérie que la déliquescence d’un système politique français incapable d’assumer la fin de son monde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Bruxelles ou la démocratie sous sanctions : le cas d’un journaliste rayé de l’Europe

Un journaliste privé d’eau, de nourriture et de droits, sans procès.
Bienvenue dans la liberté de la presse européenne version 2026.

Il fut un temps où l’Union européenne aimait se présenter comme un rempart. Un rempart contre l’arbitraire, contre la censure, contre les pulsions autoritaires. Un phare, disait-elle, dans la nuit des démocraties vacillantes. Aujourd’hui, ce phare sert surtout à éblouir ceux qu’on est en train de noyer.

Le cas de Hüseyin Doğru n’est pas une bavure. C’est un mode opératoire.

Selon la justification de l'UE, le reportage de Doğru sur le mouvement de solidarité avec la Palestine en Allemagne «sème la discorde ethnique, politique et religieuse» et aide ainsi «les activités déstabilisatrices de la Russie».

Non seulement le compte bancaire de Doğru, mais aussi celui de sa femme enceinte ont été gelés, bien qu'elle ne figure pas sur la liste des sanctions. Doğru n'a accès qu'à une allocation de subsistance minimale après des semaines d'approbation par la Bundesbank (Banque fédérale allemande). Sa liberté de mouvement a été réduit et il ne peut pas être légalement employé comme journaliste par exemple par junge Welt, qui a demandé à l'embaucher – car, selon le ministère allemand de l'Économie, un tel emploi violerait l'«interdiction de mise à disposition de fonds» de l'UE et constituerait une infraction pénale.

Sous le noble prétexte de la lutte contre la « désinformation », Bruxelles a fait ce qu’aucune démocratie digne de ce nom n’ose faire à visage découvert : détruire un journaliste sans procès, anéantir sa vie matérielle, punir sa famille, tout en jurant la main sur le cœur qu’il ne s’agit pas d’une sanction, mais d’une simple « mesure comportementale ». La novlangue n’a jamais aussi bien porté son nom.

Pas une peine, juste une asphyxie : Officiellement, l’Union européenne ne punit pas. Elle “modifie des comportements”.
Dans les faits, elle gèle les comptes, interdit toute transaction, bloque les salaires, empêche l’achat de nourriture, d’eau, de médicaments. Elle interdit même qu’un ami tende un panier de provisions, sous peine de poursuites pénales. Elle étend la sanction à l’épouse, aux enfants, aux nouveau-nés à venir. On appelle cela, dans un vocabulaire moins pudique, une mort civile.

Un détenu, comme le dit Doğru avec une lucidité glaçante, conserve plus de droits. Lui peut acheter à la cantine. Lui existe encore juridiquement.
Le journaliste sanctionné par l’UE, lui, est maintenu dans un état intermédiaire : ni condamné, ni innocent, mais écrasé.

Sans juge, sans preuve, sans audience : Le détail le plus obscène de cette affaire n’est même pas la brutalité matérielle. C’est l’absence totale de procédure.

Aucun tribunal. Aucune audience.. Aucune confrontation des preuves. Aucun droit effectif à la défense.

Bruxelles accuse Hüseyin Doğru d’« attiser la discorde » par son journalisme pro-palestinien, ce qui, par un raisonnement d’une souplesse quasi artistique, servirait indirectement les intérêts de la Russie.
Aucune preuve publique n’a jamais été produite. Zéro. Nada. Le néant, soigneusement emballé dans un jargon technocratique.

La culpabilité n’est plus démontrée : elle est décrétée.

L’UE comme machine à contournement démocratique : Doğru le dit très clairement, et il faut l’écouter : Si l’Allemagne avait voulu agir directement, elle aurait dû passer devant un juge. Affronter le droit. Supporter la contradiction. Alors on a externalisé la besogne.

L’Union européenne devient ainsi l’outil de ce que les États n’osent plus faire seuls. Une zone grise juridique où l’on peut frapper sans rendre de comptes. Une exécution extrajudiciaire sous drapeau étoilé.

Ce n’est pas un accident du système. C’est le système.

Soyons honnêtes jusqu’au bout : ce qui est reproché à Hüseyin Doğru, ce n’est pas d’être pro-russe. Il a toujours critiqué Moscou et la guerre en Ukraine.
Son crime est plus impardonnable : il a filmé, documenté, montré. Il a couvert des occupations universitaires pro-palestiniennes à Berlin. Il a fait son travail.

Mais dans l’Europe version 2025, informer devient suspect dès lors que cela trouble la narration officielle. La liberté de la presse est tolérée tant qu’elle reste décorative. Contestataire, jamais.

La désinformation n’est plus ce qui est faux. C’est ce qui dérange.

Un précédent, pas une exception : Les conservateurs qui se réjouissent en silence devraient méditer. Les libertariens aussi. Les souverainistes, les journalistes indépendants, les gêneurs professionnels.
Aujourd’hui, c’est un journaliste de gauche, pro-palestinien. Demain, ce sera un autre. Le mécanisme est prêt, huilé, testé, avec une boîte à outils complète pour neutraliser sans juger.

Comme le souligne un avis juridique accablant présenté au Parlement européen, ces mesures violent frontalement la liberté d’expression et la liberté de la presse. Elles sont disproportionnées, arbitraires, destructrices.
Mais elles fonctionnent.

La brûlure lente

Ce que l’Union européenne fait subir à Hüseyin Doğru n’est pas seulement une injustice individuelle. C’est un message.
Un avertissement silencieux adressé à tous ceux qui prennent encore au sérieux l’idée de presse libre. Regardez. Apprenez. Tenez-vous tranquilles.

La démocratie ne meurt pas toujours sous les bottes. Parfois, elle agonise sous les formulaires, les règlements, les gels administratifs, les phrases creuses sur la “résilience informationnelle”.

Et pendant que Bruxelles parle de valeurs, un journaliste regarde ses enfants et se demande comment les nourrir. Voilà ce que l’Europe est devenue quand elle prétend nous protéger de la désinformation : une machine à broyer les voix dissidentes avec un sourire réglementaire.

Ce qui frappe le journaliste n’est ni plus ni moins qu’une peine de mort  Lente, Vicieuse, Couarde.On n’est plus à un pas du totalitarisme fasciste, on est en plein dedans.

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Colonisation : quand la France veut se poser en victime de l’Histoire

La colère de l’extreme droite face au vote des députés algériens criminalisant la colonisation française n’est pas une réaction intellectuelle. C’est un réflexe de défense identitaire, un spasme mémoriel, un cri de douleur d’un imaginaire colonial qui refuse obstinément de mourir. Car enfin, qu’a fait l’Algérie ? Elle a nommé. Juridiquement. Politiquement. Souverainement. Et cela, pour une certaine presse française, reste un crime impardonnable.

On tolère volontiers que la colonisation soit un « sujet complexe ». On accepte même, parfois, qu’elle ait été « violente ». Mais qu’elle soit qualifiée de crime d’État ? Voilà la ligne rouge. Non pas parce que ce serait faux — mais parce que cela ôte à l’ancienne puissance coloniale le privilège de l’ambiguïté.

La nostalgie camouflée en lucidité

Le texte de ce media de l’extrême droite s’ouvre sur une élégie : Camus, la lumière, la mer, la douleur intime. Le procédé est connu. Il s’agit de poétiser la colonisation pour mieux dissoudre sa réalité matérielle. De remplacer un système de domination par une atmosphère. Une sensation. Une nostalgie.

La biographie sert ici de blanchiment idéologique. La souffrance réelle des juifs d’Algérie  tragédie historique indiscutable est convoquée non pour réclamer justice, mais pour relativiser le crime colonial, comme si l’addition des douleurs annulait la responsabilité structurelle. Vieille ruse : transformer l’histoire en compétition victimaire pour éviter toute qualification politique.

“Ressassement” : le mot préféré des amnésiques

L’Algérie « ressasserait ». Autrement dit, elle parlerait trop. Trop fort. Trop longtemps. Trop mal. Elle devrait, selon cette logique, tourner la page, page écrite par d’autres, arrachée par la force, annotée au sang.

Ce reproche est obscène. Car ce qui est appelé « ressassement » n’est rien d’autre que le refus de l’oubli imposé. L’exigence de ne plus traiter la colonisation comme une querelle d’historiens, mais comme un fait politique aux conséquences durables. Ce que la France de l’extreme droite reproche à l’Algérie, ce n’est pas de garder le silence, mais de ne plus se taire.

La “rente mémorielle” ou l’arrogance intacte

La formule est révélatrice : rente mémorielle. Elle suppose que les anciens colonisés exploiteraient leur passé comme un fonds de commerce, pendant que l’ancienne puissance, elle, serait sommée de payer indéfiniment pour des fautes déjà prescrites par sa propre conscience.

Mais qui parle ici de rente ? Un pays qui a bâti sa richesse, ses infrastructures, son statut international sur une extraction massive de ressources, de terres et de vies, ou un pays qui tente de faire reconnaître juridiquement ce qui lui a été infligé ?

La vérité est simple : ce que cette presse ne supporte pas, ce n’est pas la mémoire algérienne, c’est l’asymétrie qu’elle révèle encore.

Quand la souveraineté devient insupportable : Car au fond, tout est là. L’Algérie agit comme un État souverain. Elle légifère sur son histoire. Elle définit ce qui relève du crime et ce qui relève de l’apologie. Exactement ce que la France fait lorsqu’il s’agit de son propre passé — ou de celui des autres.

Mais voilà : la souveraineté algérienne n’est acceptable que lorsqu’elle est décorative. Culturelle. Folklorique. Dès qu’elle devient juridique, politique, contraignante, elle est jugée agressive, immature, vindicative. L’égalité formelle entre États reste, pour certains, une fiction dangereuse.

Parler d’hier pour éviter aujourd’hui, l’argument des paresseux : L’accusation finale est d’une banalité confondante : l’Algérie parlerait du passé pour masquer ses échecs présents. Argument universel des dominants face aux dominés. On l’a entendu partout, tout le temps. Comme si un peuple devait choisir entre mémoire et avenir. Comme si la justice historique était un luxe réservé aux nations prospères.

Ce raisonnement est non seulement faux, il est cynique. Car ce sont précisément les blessures non reconnues qui empoisonnent le présent. Ce sont les silences imposés qui nourrissent les crises. Criminaliser la colonisation n’empêche pas de gouverner : cela refuse simplement de gouverner sur le mensonge.

Ce que cette rage dit vraiment : Cette colère française ne parle pas de l’Algérie. Elle parle de la fin d’un monopole moral. De l’effondrement progressif d’un récit où la France pouvait être à la fois juge, partie et narratrice. Elle parle de la panique de ceux qui découvrent que l’histoire peut désormais se retourner, non par vengeance, mais par droit.

La colonisation n’est pas un souvenir. C’est une structure. Et lorsqu’un État anciennement colonisé décide de la nommer comme telle crime d’État  ce n’est pas l’histoire qu’il enferme, c’est le déni qu’il fissure. La haine est là. Elle est lente. Elle est irréversible et elle n’a rien de juste.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Martine à Alger : indignation identitaire d’un vieux réflexe colonial :

La visite de Ségolène Royal en Algérie a déclenché une tempête de dénonciations dans une partie de la presse de droite radicalisée. À les lire, l’ancienne ministre n’aurait pas dialogué : elle se serait soumise. Derrière cette fureur morale, une mécanique bien rodée : disqualifier toute parole qui refuse la posture de domination, criminaliser la mémoire coloniale, et maquiller la nostalgie impériale en fermeté républicaine.

Une colère pavlovienne : Il aura suffi que Ségolène Royal mette un pied à Alger sans discours martial, sans ultimatum, sans coups de menton, pour que certaines plumes dégainent l’artillerie lourde. Le vocabulaire est connu : soumission, trahison, intelligence avec l’ennemi. Rien de neuf. Une colère pavlovienne, réflexe conditionné d’un camp qui confond encore diplomatie et rapport de force, dialogue et capitulation.

Car ce qui est reproché à Ségolène Royal n’est pas tant ce qu’elle a dit que ce qu’elle a refusé d’incarner : la France offensée, blessée, donneuse de leçons, sommée de rappeler à l’Algérie sa place dans un imaginaire post-impérial jamais digéré.

“Repentance” : le mot qui évite de penser : Le mot est brandi comme une menace existentielle : repentance. Mot-épouvantail, mot-bâillon. Il permet d’évacuer toute discussion sérieuse sur l’histoire coloniale en la réduisant à une posture morale excessive, presque pathologique. Comme si reconnaître une violence passée revenait à dissoudre la nation dans la culpabilité.

Cette obsession trahit surtout une angoisse identitaire profonde : celle d’une France qui ne serait plus seule à écrire le récit, à distribuer les rôles, à fixer le sens de l’Histoire. Or une démocratie adulte ne s’effondre pas lorsqu’elle regarde son passé en face. Elle s’affaiblit, en revanche, lorsqu’elle transforme l’amnésie en dogme.

Le journaliste comme pièce à conviction : L’emprisonnement du journaliste Christophe Gleizes est grave. Il appelle une mobilisation constante et ferme. Mais son nom est ici utilisé comme un instrument de mise à l’épreuve idéologique. Non pour défendre la liberté de la presse, mais pour jauger la loyauté nationale de celle qui parle.

Cette instrumentalisation est révélatrice : les droits humains ne sont invoqués que lorsqu’ils servent une narration préexistante. L’indignation devient conditionnelle, stratégique, sélective. Le journaliste cesse d’être un sujet de droit pour devenir un argument de disqualification.

La souveraineté des autres, toujours suspecte : La contradiction est flagrante : ceux qui invoquent la souveraineté française à tout propos s’irritent dès qu’une autre nation affirme la sienne. La souveraineté algérienne devient alors provocation, affront, presque insulte. Comme si l’égalité entre États restait, dans certains esprits, une concession douloureuse.

C’est ici que ressurgit le vieux logiciel colonial : si la France ne domine pas, elle serait dominée. Il n’existe pas de relation horizontale, seulement des rapports de force. Cette vision empêche toute diplomatie mature et condamne la relation franco-algérienne à l’éternel ressentiment.

“Mélenchonisation” : le cache-misère idéologique Faute d’arguments solides, on invoque l’incantation magique : mélenchonisation. Tout devient contamination. Plus besoin d’analyser, de contextualiser, de débattre. On colle une étiquette et l’affaire est classée.

Cette stratégie n’est pas une critique politique : c’est un renoncement intellectuel. Elle dit moins quelque chose de Ségolène Royal que de l’incapacité de ses détracteurs à penser un monde où la gauche ne serait pas réduite à une caricature commode.

L’humanisme à géométrie variable : La morale brandie en fin de parcours achève de dévoiler le double standard. On se découvre soudain une compassion sélective pour certaines victimes, tout en soupçonnant d’illégitimité celles qui ne cadrent pas avec le récit dominant. Certaines souffrances seraient plus respectables que d’autres, moins “compatibles”, trop chargées politiquement. Ce n’est pas une incohérence : c’est une ligne idéologique. L’universalisme proclamé se dissout dès qu’il devient inconfortable.

Ce que cette fureur dit vraiment : Cette polémique ne parle pas de Ségolène Royal. Elle révèle une crispation plus large : celle d’un camp qui confond autorité et nostalgie, fermeté et ressentiment, grandeur et déni historique. Une France rêvée, figée, qui refuse d’admettre que le monde ne gravite plus autour d’elle.

La brûlure est là. Elle est lente, certes, mais nécessaire. Car ce qui est en jeu n’est pas une visite diplomatique, mais la capacité collective à sortir enfin d’un imaginaire de domination pour entrer dans une relation adulte avec l’histoire et avec les autres.

Le délire comme politique étrangère : Certains ont au moins le mérite de la franchise. Puisque reconnaître la souveraineté algérienne serait une offense, autant aller jusqu’au bout : tout rompre, tout couper, tout fermer, tout expulser. Plus de soins, plus d’accords, plus de relations. Des corps largués au large, des manœuvres militaires pour se rassurer, des lieux de culte recyclés selon une géographie ethnique plus confortable. Le fantasme est clair : une diplomatie de la punition, une géopolitique du règlement de comptes, une République rêvée comme une zone de représailles permanentes.

Ce catalogue n’est pas un excès de colère. C’est un programme imaginaire, cohérent dans sa brutalité, où l’on confond souveraineté et vengeance, fermeté et humiliation collective. Une politique étrangère pensée comme une expulsion généralisée, où l’histoire sert de prétexte à l’épuration symbolique et la mémoire de carburant à la rage.

À ce stade, il ne s’agit plus de défendre la France, mais de la rabougrir. La réduire à un réflexe. À une crispation. À une nostalgie militarisée incapable de penser le monde autrement que comme une liste d’ennemis à éloigner, de frontières à fermer, de comptes à solder.

Car enfin, quel aveu plus accablant que celui-ci : pour certains, la souveraineté des autres est si insupportable qu’elle appelle la rupture totale, la démonstration de force, le fantasme disciplinaire. Comme si l’égalité entre États était une menace existentielle. Comme si parler à l’Algérie revenait déjà à capituler.

Face à ce délire froid, reconnaître la souveraineté d’un pays même conflictuel, même difficile  n’est pas une faiblesse. C’est le dernier rempart contre la farce autoritaire. Car à force de vouloir humilier l’autre, on finit toujours par défigurer ce que l’on prétend sauver.

La brûlure, ici, n’est plus seulement historique. Elle est politique. Et elle révèle une vérité simple : ce qui effraie tant ces indignations furieuses, ce n’est pas l’Algérie. C’est l’idée qu’un jour, peut-être, la France n’aura plus le monopole du récit  ni celui de la colère légitime.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

La vue du Makhzen sur l’Algérie : une haine éditoriale rentable !

Ce texte n’aurait jamais été écrit si le projet avait été marocain mais la presse courtisane du Makhzen mène une guerre narrative, pas un débat économique non pour se défendre, mais pour affaiblir symboliquement un État voisin. Sous couvert d’analyse économique et de défense de la rationalité, une partie de la presse marocaine mène une offensive permanente contre l’Algérie, transformant chaque projet, chaque débat et chaque controverse interne en preuve supposée d’échec et de faillite. Cette tribune démonte les procédés, les biais et l’hypocrisie d’un journalisme devenu militant, obsédé par le voisin algérien et incapable de tolérer son existence hors du récit de l’effondrement permanent.

Chronique : Il existe, dans une partie bien identifiée de la presse marocaine, une passion dévorante, exclusive, presque intime : l’Algérie. Elle y pense au réveil, l’invoque à midi, la dissèque le soir. L’Algérie n’est plus un pays voisin : c’est une fixation éditoriale, un symptôme chronique, une rente narrative. Sans elle, ces journaux n’auraient plus grand-chose à dire ni parfois à vendre.

Prenons n’importe quel projet algérien : une route, un port, une mine, une raffinerie, une centrale électrique. Avant même la première pierre, le verdict est déjà rendu depuis Rabat : fiasco, scandale, folie, panique du régime. L’analyse vient après, si elle vient. Les faits sont accessoires. L’objectif est constant : prouver que l’Algérie n’a pas le droit d’avoir une ambition sans être ridiculisée.

L’affaire Djelloul Slama est un cas d’école. Une rumeur devient une certitude. Une disparition non élucidée se transforme en « enlèvement présidentiel ». Une hypothèse devient une accusation. Et l’accusation devient un éditorial. Le tout servi avec cette assurance typique de ceux qui n’ont jamais besoin de prouver ce qu’ils affirment, puisqu’ils parlent toujours du même pays, toujours dans le même sens.

La presse du Makhzen ne rapporte pas les faits : elle instruit des procès par avance. Elle ne décrit pas l’Algérie : elle la caricature. Elle ne critique pas des politiques publiques : elle nie la légitimité même de l’État algérien à en avoir. Le procédé est désormais rodé, presque industriel.

D’abord, personnaliser à outrance : tout devient l’œuvre d’un seul homme, caricaturé en despote nerveux, isolé, irrationnel. Ensuite, psychologiser le pouvoir : on ne parle plus de choix stratégiques, mais de « lubies », de « paranoïa », de « folie ». Puis, moraliser l’économie : un projet coûteux n’est pas risqué, il est immoral ; un pari industriel n’est pas discutable, il est criminel.

Enfin, et surtout, s’auto-proclamer camp de la rationalité. La presse du Makhzen adore enfiler la blouse blanche de l’expert neutre, du technocrate éclairé, du journaliste responsable. Elle invoque les chiffres quand ils servent, les ignore quand ils dérangent. Elle célèbre l’investissement massif quand il est marocain, le dénonce comme une fuite en avant quand il est algérien.

Un port marocain à plusieurs milliards ? Vision stratégique nous dit-on !                                             Un TGV déficitaire ? Pari d’avenir, pari de modernité !
Une zone industrielle sous-utilisée ? Ajustement conjoncturel mais rentable !

Une mine algérienne nécessitant des infrastructures lourdes ? Délire mégalomane.
Une stratégie de long terme ? Escroquerie.
Un projet structurant ? Propagande.

Ce n’est pas de l’économie pour cette presse du Makhzen, c’est surtout du chauvinisme comptable.

Ce que cette presse ne supporte pas, au fond, ce n’est ni le Président Algérien, ni l’Armée Algérienne, ni même l’Algérie. C’est une chose plus insupportable encore : l’idée que l’Algérie puisse échouer par elle-même, apprendre par elle-même, persister par elle-même. Elle voudrait lui refuser jusqu’au droit à l’erreur, ce luxe pourtant accordé à tous les pays qui se développent réellement. Car derrière la posture morale se cache une angoisse mal dissimulée :
et si l’Algérie, malgré ses lenteurs, malgré ses contradictions, malgré ses paris coûteux, finissait par consolider une base industrielle réelle ?

Alors on tire avant que ça pousse. On discrédite avant que ça produise. On enterre symboliquement avant que ça n’existe. La presse du Makhzen ne surveille pas l’Algérie : elle la scrute avec inquiétude. Elle ne l’analyse pas : elle la surveille comme un rival. Et surtout, elle parle d’elle sans jamais la laisser parler.

Le plus ironique, dans cette croisade médiatique, c’est qu’elle prétend défendre la rationalité, la liberté d’expression, l’expertise tout en pratiquant l’assignation idéologique permanente. Toute voix algérienne est soit un propagandiste, soit un dissident utile. Jamais un acteur sincère. Jamais un débat interne légitime.

À force de dénoncer la propagande algérienne, le presse courtisane du Makhzen est devenue sa propre caricature : prévisible, obsessionnelle, monotone. Elle ne produit plus de journalisme, mais une liturgie hostile, répétée jour après jour, article après article, comme pour se convaincre elle-même.

L’Algérie n’a pas besoin d’être idéalisée. Elle n’a pas besoin d’être défendue aveuglément.
Elle a besoin d’être regardée avec sérieux.

Mais cela supposerait, côté marocain, d’accepter une chose insupportable : que l’Algérie existe autrement que comme un échec annoncé et c’est précisément ce que le Makhzen ne pardonnera jamais.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

L’Algérie selon Lugan : une fable de sable et de mirages

Ah, la presse du Makhzen… ce théâtre sans rideau où chaque polémiste trouve sa scène. Donner tribune à Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, , c’est un peu comme offrir un micro à un pyromane dans une poudrière : les flammes sont garanties. On y voit l’histoire se plier à la propagande, les faits se tordre sous le poids de la caricature, et l’Algérie se transformer en punching-ball diplomatique, applaudie à chaque coup par des éditorialistes qui semblent plus soucieux d’applaudir le scénario que de vérifier la réalité. Lugan y devient prophète, jugé impartial alors qu’il n’est que l’instrument d’un récit fantasmé : le pays voisin est toujours fautif, toujours isolé, toujours ridicule. Et le lecteur ? Pris dans ce carnaval médiatique, il doit rire, s’indigner… ou se pincer pour croire qu’il regarde encore du journalisme et non une tragédie burlesque montée sur mesure et le spectacle se transforme en cabaret de propagande : l’Algérie devient spectacle, et la nuance, un crime.

Ah, Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, l’éternel archéologue du chaos africain, nous offre une fois encore son manuel de géopolitique imaginaire. Si l’Algérie était un personnage dans l’un de ses contes, ce serait le pauvre protagoniste naïf, piégé dans une intrigue où seuls les ennemis invisibles dictent sa chute. Lecture en diagonale : l’Algérie n’existe pas, elle s’« auto-marginalise », elle se « rigidifie », elle se fige… et surtout, surtout, elle échoue absolument partout.

Commençons par le Sahara occidental, ce fameux « pseudo-État » que Lugan nous présente comme une fantaisie algérienne. Ici, la subtilité est remplacée par le simplisme d’une fable coloniale : tout est caricatural, tout est noir ou blanc, et, bien sûr, Alger est la méchante sorcière qui a investi ses ressources dans une chimère. Pas un mot sur l’histoire complexe du Sahara, pas un mot sur le droit international, juste un récit digne d’un feuilleton à sensation. Le lecteur doit pleurer pour le Maroc et haïr l’Algérie, comme si l’histoire avait besoin de ce type de narrateur théâtral.

Ensuite, Lugan étend sa palette de catastrophisme au Sahel. Selon lui, l’Algérie, devenue soudain un « parrain des groupes terroristes », ne peut que se faire chasser par ses voisins comme un chien dans la nuit. Bamako, Niger, Burkina Faso : tous des victimes innocentes, tous trompés par le diabolique voisin. Et la France, bien sûr, comme toujours, est absente de la faute mais omniprésente comme juge impartial. On se pince : où est la nuance ? Où est la moindre analyse objective ? Rien. Juste une mise en scène digne d’un mauvais polar de supermarché.

Mais le clou du spectacle est sans doute la scène européenne. Lugan y dépeint Alger comme cet acteur grotesque, isolé, maladroit, incapable de « profiter » de sa présidence du Conseil de sécurité. Ah oui, l’Algérie a tout raté, tout, tout, tout ! Si Lugan avait un euro pour chaque fois qu’il écrit « isolation » et « échec », il pourrait acheter le Sahara et y construire son propre royaume.

Quant au Moyen-Orient, l’auteur réussit l’exploit de transformer la diplomatie en un carnaval de rancunes personnelles : Qatar ici, Iran là, Émirats « détestables » – tout est réduit à une opposition manichéenne. La complexité, la diplomatie subtile, les intérêts croisés : disparus. Lugan ne connaît que l’angle unique, celui de la dénonciation spectaculaire.

Enfin, le bouquet final : pour « sortir de l’histoire », l’Algérie devrait soit continuer à échouer avec élégance, soit changer de régime. La leçon est claire : tout ce qui existe depuis 1962 est mauvais, tout ce qui pourrait exister serait miraculeusement parfait… si seulement le pays acceptait les conseils de notre gourou de la géopolitique. C’est charmant, mais légèrement condescendant, comme si la souveraineté nationale pouvait se résumer à un plan de carrière pour Lugan.

En somme, ce texte n’est pas une chronique géopolitique. C’est un opéra pamphlétaire où l’Algérie joue le rôle de la victime ridicule et où le lecteur est invité à jubiler du désastre qu’on lui présente comme inéluctable. Le rire est noir, mais l’amertume persiste : il est fascinant de voir comment certains peuvent réduire des décennies de diplomatie, d’histoire et de lutte pour l’indépendance à une simple fable binaire, maniant clichés et outrances comme d’autres manient des épées en plastique.

Alors oui, M. Lugan, merci pour le spectacle. Mais l’Algérie ne s’éteint pas dans vos chroniques : elle avance, malgré vos caricatures, votre sarcasme acide et votre rire de commissaire-priseur. Et cela, hélas pour vous, aucun pamphlet ne pourra jamais l’effacer.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Ségolène Royal et la diplomatie qui fait transpirer l’extrême droite :

Ah, voilà qu’on tremble à Paris ! Ségolène Royal ose franchir la Méditerranée, s’asseoir face au président Tebboune et parler… de respect. Le crime est atroce : elle parle aux Algériens comme à des adultes. Dans les pages cirées de certaines presses de l’extrême droite, cette incursion diplomatique est une hérésie. Comment une femme peut-elle « s’improviser médiatrice » sans se dorer le blason au ministère officiel ? Quelle audace ! Quelle inconscience !

L’extrême droite française a immédiatement sorti ses mouchoirs et son arsenal d’injures feutrées : Royal « ne connaît pas les dossiers », « joue à la ministre », « oublie les sujets sensibles ». Sous-entendu : le dialogue, le respect mutuel, la mémoire, c’est bien joli pour les réunions mondaines, mais ça ne rentre pas dans le moule de la haine identitaire et du nationalisme malodorant.

Leur chef-d’œuvre journalistique consiste à transformer le courage en ridicule. Le dossier sur les essais nucléaires ? « Terrain mémoriel », ricanent-ils, comme si réparer les dommages et restituer la mémoire d’un peuple était un passe-temps frivole. La diplomatie personnelle ? Une offense à la grandeur supposée de la France… surtout quand elle rappelle que la souveraineté des autres pays n’est pas un concept optionnel.

C’est fascinant à observer : pour l’extrême droite, tout geste qui dépasse le cadre étroit de la rancune postcoloniale est un danger. Respecter l’Algérie ? Inadmissible. Transmettre des archives historiques ? Scandale. Tenter de reconstruire une relation franco-algérienne pour les jeunes générations ? Crime de lèse-nationalisme.

En réalité, ce que l’extrême droite redoute, ce n’est pas l’incompétence de Royal. C’est l’intelligence du geste : tendre la main, parler d’histoire, faire face aux blessures sans se vautrer dans la haine.

 Et ça, mes amis, ça brûle.

 Ça brûle lentement, comme une braise sous la langue, car ça démontre que le vrai courage ne se mesure pas à la hauteur d’un tweet ou à l’aplomb des slogans haineux.

Alors oui, Ségolène Royal est peut-être « seule » dans ce voyage diplomatique, mais elle a au moins le mérite de ne pas rester assise à Paris, à regarder le monde à travers la lorgnette de la peur et du ressentiment. Elle ose parler aux vivants, à l’histoire, au respect.

Et pour cela, qu’ils crient, qu’ils s’indignent ou qu’ils ricanent,  nous, Algériens et citoyens lambda  nous applaudirons.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 Réponse citoyenne à la presse française de l’extrême droite :

https://www.lejdd.fr/International/algerie-segolene-royal-appelle-au-respect-envers-tebboune-166297

 

« Entre critique et offense : défendre l’Algérie face aux narrations médiatiques négatives »


 Dans un contexte où certains médias étrangers diffusent régulièrement des contenus négatifs sur l’Algérie, cette tribune examine la frontière entre critique légitime et attaque identitaire. L’auteur partage son expérience, confronté à plus de 700 commentaires insultants sur les réseaux sociaux, et plaide pour un débat rigoureux, respectueux et fondé sur les faits.

Il est légitime, dans tout espace public pluraliste, que les médias critiquent les politiques, les gouvernements et les orientations des États. Cette liberté n’est ni contestable ni contestée. Ce qui mérite en revanche d’être interrogé, c’est la récurrence, la tonalité et parfois la méthodologie avec lesquelles certains médias traitent de pays voisins, en particulier lorsque la critique se transforme en narration systématiquement négative.

Depuis plusieurs années, une partie de la presse marocaine multiplie les articles présentant l’Algérie sous un angle exclusivement anxiogène : isolement diplomatique supposé, crise politique permanente, corruption généralisée, effondrement institutionnel. Pris isolément, chaque article peut être défendu comme une opinion ou une analyse. Pris dans leur ensemble, leur accumulation dessine un discours cohérent, répétitif, qui dépasse la simple critique pour s’apparenter à une construction idéologique. De la même manière, réduire l’Algérie à des témoignages anxiogènes ou à des généralisations hâtives sur son système de santé n’est ni juste ni objectif.

Comparer des pays à partir d’expériences personnelles, aussi sincères soient-elles, reste toujours partiel. Un débat sérieux gagne à distinguer clairement les vécus individuels, la communication politique, le traitement médiatique et les faits structurels. Le désaccord n’oblige ni au mépris ni à l’attaque personnelle. On peut défendre un pays que l’on aime sans disqualifier celui des autres, ni ceux qui expriment une opinion différente..

C’est dans ce contexte précis que s’inscrivent mes écrits. Ils ne naissent ni d’une obsession, ni d’une animosité envers le Maroc ou son peuple, que je respecte profondément. Ils constituent une réponse argumentée à des contenus publics, accessibles à tous, et largement diffusés. Il ne s’agit pas de répondre article par article ce serait vain,  mais d’interroger une tendance médiatique et ses effets sur la perception mutuelle entre sociétés voisines.

Cette démarche critique, cependant, semble difficilement acceptable pour certains lecteurs dès lors qu’elle touche à des symboles perçus comme intangibles. L’un de mes articles, partagé sur les réseaux sociaux, a ainsi suscité plus de 750 commentaires, dont l’écrasante majorité ne relevait ni du débat d’idées ni de la contradiction argumentée, mais de l’invective personnelle, de l’insulte et du procès d’intention. Avec tous commentaires diffusés, j’aurai de quoi  remplir quelques encyclopédies, par contre, une pensée intelligente, un trait d'esprit sensé seraient des raretés précieuses! Cet épisode, loin d’être anecdotique, illustre précisément ce que j’essaie de décrire : une confusion entre critique politique et attaque identitaire, entre analyse et offense.

Or, le désaccord n’oblige ni à la disqualification morale, ni à la violence verbale. On peut aimer profondément son pays, ses symboles, son histoire, sans refuser à autrui le droit d’un regard critique surtout lorsque ce regard répond à des discours eux-mêmes critiques, voire hostiles.

Je suis pleinement conscient que le rapport au pouvoir, à l’autorité et aux figures de l’État diffère profondément d’un pays à l’autre. Au Maroc, la monarchie incarne une continuité historique, affective et symbolique qui lie étroitement le peuple et le souverain. Cette réalité mérite d’être comprise et respectée. Mais comprendre ne signifie pas s’interdire toute analyse, ni accepter que certains sujets deviennent, de facto, soustraits à toute réflexion critique.

Comparer nos pays à travers des caricatures, des généralisations ou des expériences personnelles érigées en vérité globale ne rend service à personne. Un débat sérieux suppose de distinguer les vécus individuels, la communication politique, les lignes éditoriales et les faits structurels par une  analyse factuelle, avec le droit de critiquer sans aucune attaque de la légitimité du locuteur, mais surtout faire en sorte que l’État, les discours médiatiques, les symboles politiques sont analysables et critiquables  C’est à cette exigence que je tente de me tenir, même lorsque la réponse suscite l’hostilité.

Ma démarche n’est ni celle d’un polémiste ni celle d’un donneur de leçons. Elle est celle d’un observateur engagé, inquiet des dérives du discours médiatique lorsqu’il cesse d’éclairer pour simplement opposer. Défendre une parole libre, rigoureuse et responsable, c’est aussi refuser que le bruit, l’invective et l’émotion tiennent lieu d’argument.

Dire les choses comme elles sont n’implique pas d’accepter qu’elles demeurent ainsi. C’est, au contraire, une invitation à penser autrement le débat, à le hisser au niveau de la raison plutôt que de l’affrontement dans un débat froid par un réflexe de protection national.

Pour dissiper toute ambiguïté, l’auteur de cet article est un professeur de langue aujourd’hui à la retraite, enfant d’Oran, issu d’un quartier populaire (Médioni), où vivaient de nombreuses familles marocaines avec lesquelles il a grandi. Cette proximité lui a donné une connaissance humaine et directe de la société marocaine, bien loin des caricatures. Chroniqueur engagé et observateur inquiet des réalités politiques et sociales, il interroge, à travers ses écrits, les écarts entre discours officiels et vécu populaire, et défend une parole libre face aux injustices et au conformisme médiatique. Sa conviction peut se résumer ainsi : dire les choses telles qu’elles sont, tout en refusant qu’elles restent ainsi !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

A la suite de la publication de cet article :

https://kadertahri.blogspot.com/2026/01/la-marque-du-makhzen-en-tgv-vers-le.html