Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

La vue du Makhzen sur l’Algérie : une haine éditoriale rentable !

Ce texte n’aurait jamais été écrit si le projet avait été marocain mais la presse courtisane du Makhzen mène une guerre narrative, pas un débat économique non pour se défendre, mais pour affaiblir symboliquement un État voisin. Sous couvert d’analyse économique et de défense de la rationalité, une partie de la presse marocaine mène une offensive permanente contre l’Algérie, transformant chaque projet, chaque débat et chaque controverse interne en preuve supposée d’échec et de faillite. Cette tribune démonte les procédés, les biais et l’hypocrisie d’un journalisme devenu militant, obsédé par le voisin algérien et incapable de tolérer son existence hors du récit de l’effondrement permanent.

Chronique : Il existe, dans une partie bien identifiée de la presse marocaine, une passion dévorante, exclusive, presque intime : l’Algérie. Elle y pense au réveil, l’invoque à midi, la dissèque le soir. L’Algérie n’est plus un pays voisin : c’est une fixation éditoriale, un symptôme chronique, une rente narrative. Sans elle, ces journaux n’auraient plus grand-chose à dire ni parfois à vendre.

Prenons n’importe quel projet algérien : une route, un port, une mine, une raffinerie, une centrale électrique. Avant même la première pierre, le verdict est déjà rendu depuis Rabat : fiasco, scandale, folie, panique du régime. L’analyse vient après, si elle vient. Les faits sont accessoires. L’objectif est constant : prouver que l’Algérie n’a pas le droit d’avoir une ambition sans être ridiculisée.

L’affaire Djelloul Slama est un cas d’école. Une rumeur devient une certitude. Une disparition non élucidée se transforme en « enlèvement présidentiel ». Une hypothèse devient une accusation. Et l’accusation devient un éditorial. Le tout servi avec cette assurance typique de ceux qui n’ont jamais besoin de prouver ce qu’ils affirment, puisqu’ils parlent toujours du même pays, toujours dans le même sens.

La presse du Makhzen ne rapporte pas les faits : elle instruit des procès par avance. Elle ne décrit pas l’Algérie : elle la caricature. Elle ne critique pas des politiques publiques : elle nie la légitimité même de l’État algérien à en avoir. Le procédé est désormais rodé, presque industriel.

D’abord, personnaliser à outrance : tout devient l’œuvre d’un seul homme, caricaturé en despote nerveux, isolé, irrationnel. Ensuite, psychologiser le pouvoir : on ne parle plus de choix stratégiques, mais de « lubies », de « paranoïa », de « folie ». Puis, moraliser l’économie : un projet coûteux n’est pas risqué, il est immoral ; un pari industriel n’est pas discutable, il est criminel.

Enfin, et surtout, s’auto-proclamer camp de la rationalité. La presse du Makhzen adore enfiler la blouse blanche de l’expert neutre, du technocrate éclairé, du journaliste responsable. Elle invoque les chiffres quand ils servent, les ignore quand ils dérangent. Elle célèbre l’investissement massif quand il est marocain, le dénonce comme une fuite en avant quand il est algérien.

Un port marocain à plusieurs milliards ? Vision stratégique nous dit-on !                                             Un TGV déficitaire ? Pari d’avenir, pari de modernité !
Une zone industrielle sous-utilisée ? Ajustement conjoncturel mais rentable !

Une mine algérienne nécessitant des infrastructures lourdes ? Délire mégalomane.
Une stratégie de long terme ? Escroquerie.
Un projet structurant ? Propagande.

Ce n’est pas de l’économie pour cette presse du Makhzen, c’est surtout du chauvinisme comptable.

Ce que cette presse ne supporte pas, au fond, ce n’est ni le Président Algérien, ni l’Armée Algérienne, ni même l’Algérie. C’est une chose plus insupportable encore : l’idée que l’Algérie puisse échouer par elle-même, apprendre par elle-même, persister par elle-même. Elle voudrait lui refuser jusqu’au droit à l’erreur, ce luxe pourtant accordé à tous les pays qui se développent réellement. Car derrière la posture morale se cache une angoisse mal dissimulée :
et si l’Algérie, malgré ses lenteurs, malgré ses contradictions, malgré ses paris coûteux, finissait par consolider une base industrielle réelle ?

Alors on tire avant que ça pousse. On discrédite avant que ça produise. On enterre symboliquement avant que ça n’existe. La presse du Makhzen ne surveille pas l’Algérie : elle la scrute avec inquiétude. Elle ne l’analyse pas : elle la surveille comme un rival. Et surtout, elle parle d’elle sans jamais la laisser parler.

Le plus ironique, dans cette croisade médiatique, c’est qu’elle prétend défendre la rationalité, la liberté d’expression, l’expertise tout en pratiquant l’assignation idéologique permanente. Toute voix algérienne est soit un propagandiste, soit un dissident utile. Jamais un acteur sincère. Jamais un débat interne légitime.

À force de dénoncer la propagande algérienne, le presse courtisane du Makhzen est devenue sa propre caricature : prévisible, obsessionnelle, monotone. Elle ne produit plus de journalisme, mais une liturgie hostile, répétée jour après jour, article après article, comme pour se convaincre elle-même.

L’Algérie n’a pas besoin d’être idéalisée. Elle n’a pas besoin d’être défendue aveuglément.
Elle a besoin d’être regardée avec sérieux.

Mais cela supposerait, côté marocain, d’accepter une chose insupportable : que l’Algérie existe autrement que comme un échec annoncé et c’est précisément ce que le Makhzen ne pardonnera jamais.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

L’Algérie selon Lugan : une fable de sable et de mirages

Ah, la presse du Makhzen… ce théâtre sans rideau où chaque polémiste trouve sa scène. Donner tribune à Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, , c’est un peu comme offrir un micro à un pyromane dans une poudrière : les flammes sont garanties. On y voit l’histoire se plier à la propagande, les faits se tordre sous le poids de la caricature, et l’Algérie se transformer en punching-ball diplomatique, applaudie à chaque coup par des éditorialistes qui semblent plus soucieux d’applaudir le scénario que de vérifier la réalité. Lugan y devient prophète, jugé impartial alors qu’il n’est que l’instrument d’un récit fantasmé : le pays voisin est toujours fautif, toujours isolé, toujours ridicule. Et le lecteur ? Pris dans ce carnaval médiatique, il doit rire, s’indigner… ou se pincer pour croire qu’il regarde encore du journalisme et non une tragédie burlesque montée sur mesure et le spectacle se transforme en cabaret de propagande : l’Algérie devient spectacle, et la nuance, un crime.

Ah, Bernard Lugan polémiste attitré du Makhzen, l’éternel archéologue du chaos africain, nous offre une fois encore son manuel de géopolitique imaginaire. Si l’Algérie était un personnage dans l’un de ses contes, ce serait le pauvre protagoniste naïf, piégé dans une intrigue où seuls les ennemis invisibles dictent sa chute. Lecture en diagonale : l’Algérie n’existe pas, elle s’« auto-marginalise », elle se « rigidifie », elle se fige… et surtout, surtout, elle échoue absolument partout.

Commençons par le Sahara occidental, ce fameux « pseudo-État » que Lugan nous présente comme une fantaisie algérienne. Ici, la subtilité est remplacée par le simplisme d’une fable coloniale : tout est caricatural, tout est noir ou blanc, et, bien sûr, Alger est la méchante sorcière qui a investi ses ressources dans une chimère. Pas un mot sur l’histoire complexe du Sahara, pas un mot sur le droit international, juste un récit digne d’un feuilleton à sensation. Le lecteur doit pleurer pour le Maroc et haïr l’Algérie, comme si l’histoire avait besoin de ce type de narrateur théâtral.

Ensuite, Lugan étend sa palette de catastrophisme au Sahel. Selon lui, l’Algérie, devenue soudain un « parrain des groupes terroristes », ne peut que se faire chasser par ses voisins comme un chien dans la nuit. Bamako, Niger, Burkina Faso : tous des victimes innocentes, tous trompés par le diabolique voisin. Et la France, bien sûr, comme toujours, est absente de la faute mais omniprésente comme juge impartial. On se pince : où est la nuance ? Où est la moindre analyse objective ? Rien. Juste une mise en scène digne d’un mauvais polar de supermarché.

Mais le clou du spectacle est sans doute la scène européenne. Lugan y dépeint Alger comme cet acteur grotesque, isolé, maladroit, incapable de « profiter » de sa présidence du Conseil de sécurité. Ah oui, l’Algérie a tout raté, tout, tout, tout ! Si Lugan avait un euro pour chaque fois qu’il écrit « isolation » et « échec », il pourrait acheter le Sahara et y construire son propre royaume.

Quant au Moyen-Orient, l’auteur réussit l’exploit de transformer la diplomatie en un carnaval de rancunes personnelles : Qatar ici, Iran là, Émirats « détestables » – tout est réduit à une opposition manichéenne. La complexité, la diplomatie subtile, les intérêts croisés : disparus. Lugan ne connaît que l’angle unique, celui de la dénonciation spectaculaire.

Enfin, le bouquet final : pour « sortir de l’histoire », l’Algérie devrait soit continuer à échouer avec élégance, soit changer de régime. La leçon est claire : tout ce qui existe depuis 1962 est mauvais, tout ce qui pourrait exister serait miraculeusement parfait… si seulement le pays acceptait les conseils de notre gourou de la géopolitique. C’est charmant, mais légèrement condescendant, comme si la souveraineté nationale pouvait se résumer à un plan de carrière pour Lugan.

En somme, ce texte n’est pas une chronique géopolitique. C’est un opéra pamphlétaire où l’Algérie joue le rôle de la victime ridicule et où le lecteur est invité à jubiler du désastre qu’on lui présente comme inéluctable. Le rire est noir, mais l’amertume persiste : il est fascinant de voir comment certains peuvent réduire des décennies de diplomatie, d’histoire et de lutte pour l’indépendance à une simple fable binaire, maniant clichés et outrances comme d’autres manient des épées en plastique.

Alors oui, M. Lugan, merci pour le spectacle. Mais l’Algérie ne s’éteint pas dans vos chroniques : elle avance, malgré vos caricatures, votre sarcasme acide et votre rire de commissaire-priseur. Et cela, hélas pour vous, aucun pamphlet ne pourra jamais l’effacer.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Ségolène Royal et la diplomatie qui fait transpirer l’extrême droite :

Ah, voilà qu’on tremble à Paris ! Ségolène Royal ose franchir la Méditerranée, s’asseoir face au président Tebboune et parler… de respect. Le crime est atroce : elle parle aux Algériens comme à des adultes. Dans les pages cirées de certaines presses de l’extrême droite, cette incursion diplomatique est une hérésie. Comment une femme peut-elle « s’improviser médiatrice » sans se dorer le blason au ministère officiel ? Quelle audace ! Quelle inconscience !

L’extrême droite française a immédiatement sorti ses mouchoirs et son arsenal d’injures feutrées : Royal « ne connaît pas les dossiers », « joue à la ministre », « oublie les sujets sensibles ». Sous-entendu : le dialogue, le respect mutuel, la mémoire, c’est bien joli pour les réunions mondaines, mais ça ne rentre pas dans le moule de la haine identitaire et du nationalisme malodorant.

Leur chef-d’œuvre journalistique consiste à transformer le courage en ridicule. Le dossier sur les essais nucléaires ? « Terrain mémoriel », ricanent-ils, comme si réparer les dommages et restituer la mémoire d’un peuple était un passe-temps frivole. La diplomatie personnelle ? Une offense à la grandeur supposée de la France… surtout quand elle rappelle que la souveraineté des autres pays n’est pas un concept optionnel.

C’est fascinant à observer : pour l’extrême droite, tout geste qui dépasse le cadre étroit de la rancune postcoloniale est un danger. Respecter l’Algérie ? Inadmissible. Transmettre des archives historiques ? Scandale. Tenter de reconstruire une relation franco-algérienne pour les jeunes générations ? Crime de lèse-nationalisme.

En réalité, ce que l’extrême droite redoute, ce n’est pas l’incompétence de Royal. C’est l’intelligence du geste : tendre la main, parler d’histoire, faire face aux blessures sans se vautrer dans la haine.

 Et ça, mes amis, ça brûle.

 Ça brûle lentement, comme une braise sous la langue, car ça démontre que le vrai courage ne se mesure pas à la hauteur d’un tweet ou à l’aplomb des slogans haineux.

Alors oui, Ségolène Royal est peut-être « seule » dans ce voyage diplomatique, mais elle a au moins le mérite de ne pas rester assise à Paris, à regarder le monde à travers la lorgnette de la peur et du ressentiment. Elle ose parler aux vivants, à l’histoire, au respect.

Et pour cela, qu’ils crient, qu’ils s’indignent ou qu’ils ricanent,  nous, Algériens et citoyens lambda  nous applaudirons.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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 Réponse citoyenne à la presse française de l’extrême droite :

https://www.lejdd.fr/International/algerie-segolene-royal-appelle-au-respect-envers-tebboune-166297

 

« Entre critique et offense : défendre l’Algérie face aux narrations médiatiques négatives »


 Dans un contexte où certains médias étrangers diffusent régulièrement des contenus négatifs sur l’Algérie, cette tribune examine la frontière entre critique légitime et attaque identitaire. L’auteur partage son expérience, confronté à plus de 700 commentaires insultants sur les réseaux sociaux, et plaide pour un débat rigoureux, respectueux et fondé sur les faits.

Il est légitime, dans tout espace public pluraliste, que les médias critiquent les politiques, les gouvernements et les orientations des États. Cette liberté n’est ni contestable ni contestée. Ce qui mérite en revanche d’être interrogé, c’est la récurrence, la tonalité et parfois la méthodologie avec lesquelles certains médias traitent de pays voisins, en particulier lorsque la critique se transforme en narration systématiquement négative.

Depuis plusieurs années, une partie de la presse marocaine multiplie les articles présentant l’Algérie sous un angle exclusivement anxiogène : isolement diplomatique supposé, crise politique permanente, corruption généralisée, effondrement institutionnel. Pris isolément, chaque article peut être défendu comme une opinion ou une analyse. Pris dans leur ensemble, leur accumulation dessine un discours cohérent, répétitif, qui dépasse la simple critique pour s’apparenter à une construction idéologique. De la même manière, réduire l’Algérie à des témoignages anxiogènes ou à des généralisations hâtives sur son système de santé n’est ni juste ni objectif.

Comparer des pays à partir d’expériences personnelles, aussi sincères soient-elles, reste toujours partiel. Un débat sérieux gagne à distinguer clairement les vécus individuels, la communication politique, le traitement médiatique et les faits structurels. Le désaccord n’oblige ni au mépris ni à l’attaque personnelle. On peut défendre un pays que l’on aime sans disqualifier celui des autres, ni ceux qui expriment une opinion différente..

C’est dans ce contexte précis que s’inscrivent mes écrits. Ils ne naissent ni d’une obsession, ni d’une animosité envers le Maroc ou son peuple, que je respecte profondément. Ils constituent une réponse argumentée à des contenus publics, accessibles à tous, et largement diffusés. Il ne s’agit pas de répondre article par article ce serait vain,  mais d’interroger une tendance médiatique et ses effets sur la perception mutuelle entre sociétés voisines.

Cette démarche critique, cependant, semble difficilement acceptable pour certains lecteurs dès lors qu’elle touche à des symboles perçus comme intangibles. L’un de mes articles, partagé sur les réseaux sociaux, a ainsi suscité plus de 750 commentaires, dont l’écrasante majorité ne relevait ni du débat d’idées ni de la contradiction argumentée, mais de l’invective personnelle, de l’insulte et du procès d’intention. Avec tous commentaires diffusés, j’aurai de quoi  remplir quelques encyclopédies, par contre, une pensée intelligente, un trait d'esprit sensé seraient des raretés précieuses! Cet épisode, loin d’être anecdotique, illustre précisément ce que j’essaie de décrire : une confusion entre critique politique et attaque identitaire, entre analyse et offense.

Or, le désaccord n’oblige ni à la disqualification morale, ni à la violence verbale. On peut aimer profondément son pays, ses symboles, son histoire, sans refuser à autrui le droit d’un regard critique surtout lorsque ce regard répond à des discours eux-mêmes critiques, voire hostiles.

Je suis pleinement conscient que le rapport au pouvoir, à l’autorité et aux figures de l’État diffère profondément d’un pays à l’autre. Au Maroc, la monarchie incarne une continuité historique, affective et symbolique qui lie étroitement le peuple et le souverain. Cette réalité mérite d’être comprise et respectée. Mais comprendre ne signifie pas s’interdire toute analyse, ni accepter que certains sujets deviennent, de facto, soustraits à toute réflexion critique.

Comparer nos pays à travers des caricatures, des généralisations ou des expériences personnelles érigées en vérité globale ne rend service à personne. Un débat sérieux suppose de distinguer les vécus individuels, la communication politique, les lignes éditoriales et les faits structurels par une  analyse factuelle, avec le droit de critiquer sans aucune attaque de la légitimité du locuteur, mais surtout faire en sorte que l’État, les discours médiatiques, les symboles politiques sont analysables et critiquables  C’est à cette exigence que je tente de me tenir, même lorsque la réponse suscite l’hostilité.

Ma démarche n’est ni celle d’un polémiste ni celle d’un donneur de leçons. Elle est celle d’un observateur engagé, inquiet des dérives du discours médiatique lorsqu’il cesse d’éclairer pour simplement opposer. Défendre une parole libre, rigoureuse et responsable, c’est aussi refuser que le bruit, l’invective et l’émotion tiennent lieu d’argument.

Dire les choses comme elles sont n’implique pas d’accepter qu’elles demeurent ainsi. C’est, au contraire, une invitation à penser autrement le débat, à le hisser au niveau de la raison plutôt que de l’affrontement dans un débat froid par un réflexe de protection national.

Pour dissiper toute ambiguïté, l’auteur de cet article est un professeur de langue aujourd’hui à la retraite, enfant d’Oran, issu d’un quartier populaire (Médioni), où vivaient de nombreuses familles marocaines avec lesquelles il a grandi. Cette proximité lui a donné une connaissance humaine et directe de la société marocaine, bien loin des caricatures. Chroniqueur engagé et observateur inquiet des réalités politiques et sociales, il interroge, à travers ses écrits, les écarts entre discours officiels et vécu populaire, et défend une parole libre face aux injustices et au conformisme médiatique. Sa conviction peut se résumer ainsi : dire les choses telles qu’elles sont, tout en refusant qu’elles restent ainsi !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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A la suite de la publication de cet article :

https://kadertahri.blogspot.com/2026/01/la-marque-du-makhzen-en-tgv-vers-le.html

 


Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Ou l’art de gouverner un peuple à coups de communiqués enchantés

Il faut un talent rare pour parler d’un peuple sans jamais le regarder. Un art consommé pour invoquer le citoyen tout en l’effaçant. Le dernier communiqué royal sur la Coupe d’Afrique des Nations en est une démonstration magistrale : un long poème officiel où le  Makhzen  triomphe, l’Afrique applaudit, le Roi remercie… pendant que le peuple, lui, reste hors champ, comme un figurant inutile dans sa propre histoire.

Bienvenue dans le royaume d’un Makhzen de la réalité alternative, là où le football sert de rideau, la ferveur populaire de maquillage, et la monarchie de narrateur omniscient.

Un Roi partout, un peuple nulle part

Tout est dit, tout est célébré, tout est béni. Le Makhzen progresse, le modèle est « singulier et performant », le citoyen est « au centre de toutes les ambitions ». Formidable. À tel point qu’on se demande où se cache ce citoyen si central. Dans les quartiers oubliés ? Dans les campagnes asséchées ? Dans les hôpitaux délabrés ? Dans les files du chômage ?

Non. Le sujet marocain du communiqué est un personnage abstrait, une silhouette souriante, utile uniquement pour applaudir, remercier et soutenir. Il n’existe que comme décor émotionnel de la grandeur royale. Un figurant patriote, silencieux et reconnaissant.

La Coupe d’Afrique comme anesthésiant politique

Le procédé est vieux comme les monarchies fatiguées : quand le réel grince, on sort le spectacle. Quand le quotidien brûle, on distribue de la ferveur. Quand les inégalités explosent, on parle de football, d’infrastructures et de « rayonnement continental ».

La CAN devient ainsi un outil de blanchiment politique. Tout succès sportif est recyclé en victoire du Makhzen. Tout cri de joie est interprété comme une approbation tacite du pouvoir. Le ballon rond roule sur les fissures sociales, et l’on espère que personne ne regardera sous le tapis.

L’art royal de l’autosatisfaction permanente

Le texte est une litanie de superlatifs : magnifique, historique, exemplaire, remarquable. À force de s’auto-congratuler, le discours finit par ressembler à une caricature de lui-même. Le Roi remercie, félicite, salue, encourage… comme s’il se parlait à lui-même à travers un miroir officiel.

Et quand surgissent des incidents, violences, débordements, tensions, ils deviennent aussitôt de simples « épisodes malheureux », presque poétiques, aussitôt dissous dans la « fraternité interafricaine ». Le réel dérange ? On le dilue. La colère existe ? On la nie. Le malaise social ? Inexistant dans la prose royale.

Le déni comme méthode de gouvernement

La phrase est révélatrice : face au « dénigrement », le Makhzen et son  Roi sont « persuadés que les desseins hostiles ne parviendront jamais à leurs fins ». Traduction : toute critique est hostile, toute contestation est suspecte, toute voix dissonante est un complot.

C’est la vieille recette autoritaire : disqualifier la critique avant même qu’elle ne parle. Transformer le désaccord en trahison. Présenter la monarchie comme éternellement vertueuse, donc éternellement innocente.

La proximité imaginaire d’un Roi lointain

On nous parle de « proximité cultivée au fil des siècles ». Belle formule. Presque poétique. Mais à force d’être répétée, elle sonne creux. La proximité proclamée n’est qu’un slogan quand elle ne se traduit ni par justice sociale, ni par égalité réelle, ni par dignité vécue.

Le Makhzen parle au peuple, jamais avec lui. Il le célèbre à distance, comme on célèbre une foule depuis un balcon : avec chaleur, mais sans contact.

Conclusion : le mensonge en costume d’apparat

Ce communiqué n’est pas un message. C’est une mise en scène. Une chorégraphie verbale où le Roi incarne à la fois le visionnaire, le bâtisseur, le rassembleur et le sage africain pendant que le peuple, lui, continue de vivre hors du texte, hors du cadre, hors de la fête.

À force de peindre un Maroc irréel, le pouvoir finit par avouer son plus grand aveu : il ne regarde plus le pays tel qu’il est, mais tel qu’il voudrait qu’on le croie.

Et c’est là que le rire devient noir. Car pendant que le discours royal s’auto-congratule, le réel, lui, n’applaudit plus. Il attend. Il observe. Et il n’oublie pas.


A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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La falsification historique autour de “l’Algérie inventée”

 

Non, la France n’a pas “inventé” l’Algérie. Elle l’a conquise, détruite, redessinée  puis renommée. Ce n’est pas la même chose.

Il faut commencer par dire les choses clairement : brandir une lettre administrative de 1839 pour prétendre que l’Algérie n’existait pas avant la France n’est pas une découverte historique, c’est une manœuvre idéologique. Une vieille ficelle coloniale, recyclée aujourd’hui sous couvert d’érudition d’archives.

Oui, la lettre du général Schneider est authentique. Oui, elle fixe l’usage officiel du mot « Algérie » dans l’administration française. Mais non, elle ne prouve absolument pas que l’Algérie soit née d’un décret colonial, comme une création ex nihilo sortie d’un bureau parisien. Confondre acte de domination et acte de naissance, c’est déjà adopter le regard du colonisateur.

Car enfin, à ce compte-là, il faudrait soutenir que le Maroc n’existe que depuis sa reconnaissance internationale moderne, que l’Égypte commence avec l’occupation britannique, que l’Inde est une invention de la Couronne anglaise et que l’Allemagne n’existait pas avant Bismarck. C’est absurde mais c’est exactement la logique mobilisée ici.

Avant 1830, le territoire correspondant à l’Algérie actuelle n’était ni un vide politique, ni un chaos tribal. La Régence d’Alger, intégrée à l’Empire ottoman, était une entité souveraine reconnue, dotée d’institutions, d’un pouvoir central, d’une fiscalité, d’une armée, d’une diplomatie, et de frontières certes mouvantes, mais réelles — comme toutes les frontières prémodernes. Les puissances européennes traitaient avec elle. La France elle-même l’a reconnue avant de la conquérir.

Ce que fait la colonisation française, ce n’est pas créer un pays : c’est détruire un ordre existant, le fragmenter, le recomposer selon ses besoins militaires et économiques, puis le rebaptiser. Donner un nom administratif à un territoire conquis n’est pas un acte fondateur ; c’est un acte de pouvoir. La colonisation ne fait pas naître les peuples : elle les soumet.

Le plus révélateur reste l’argument sur la Kabylie. Présentée comme extérieure, voire étrangère à l’Algérie, elle est instrumentalisée selon un schéma bien connu. C’est exactement la grille coloniale du XIXᵉ siècle : opposer Kabyles et Arabes, montagnes et plaines, “sociétés libres” et “despotisme oriental”. Cette rhétorique n’a rien de neuf. Elle fut forgée pour diviser les résistances, et elle est aujourd’hui recyclée pour fracturer les mémoires.

Rappeler les spécificités historiques de la Kabylie est légitime. L’en extraire artificiellement pour nier une histoire commune relève d’un révisionnisme fonctionnel, qui ne sert ni la vérité historique ni les peuples du Maghreb. C’est une histoire contre l’histoire.

Car ce discours ne parle pas vraiment de 1839. Il parle du présent. Il parle de légitimité nationale, de concurrence mémorielle, de fractures géopolitiques contemporaines. Il utilise l’histoire non pour comprendre, mais pour délégitimer. Non pour éclairer, mais pour relativiser une souveraineté.

Il faut le dire sans détour : soutenir que l’Algérie est une invention française, c’est reprendre — consciemment ou non — le récit du colonisateur, celui qui fait de l’Europe le point zéro de l’existence politique des autres. C’est une vision du monde où un peuple ne commence à exister qu’à partir du moment où il est nommé par l’Occident.

Le Maghreb vaut mieux que cela. Son histoire est complexe, conflictuelle, plurielle — mais elle n’est pas née dans les bureaux du ministère français de la Guerre. L’archive coloniale est une source ; elle n’est pas une matrice. Et surtout, elle n’est jamais neutre.

Nommer n’est pas créer. Conquérir n’est pas fonder. Et coloniser n’a jamais donné naissance à un peuple seulement à des blessures durables.

Pauvre presse du Makhzen toujours à l’affut avec un argument central repose sur un lien de causalité douteux : Invention de l’Algérie. On peut souligner le ridicule de ce raisonnement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Xavier Driencourt, ou la symphonie tragique du héros auto-proclamé :

14h35, l’heure fatale… Rien que l’introduction donne le ton : 14h35, ce moment cosmique où l’Algérie, selon Driencourt, aurait mobilisé tous ses satellites invisibles pour supprimer son interview. La précision horlogère est impressionnante… si vous étiez dans une pièce de théâtre absurde. Dans la vraie vie, les programmateurs télé jonglent avec des grilles, des contraintes techniques et des caprices éditoriaux. Mais non : dans l’univers Driencourt, chaque tic-tac de l’horloge est une manœuvre de « régime policier » qui complote contre la France et contre lui, le pauvre martyr.

L’Algérie n’a rien demandé, mais dans son imaginaire, elle devient une hydre omnipotente. La France ? Une fillette apeurée, tremblante, prête à obéir aux caprices d’Alger. Et lui, évidemment, le héros sacrificiel, le dernier rempart de la vérité, le Sisyphe moderne que tout complot écrase.

Paranoïa à l’état pur ou comment transformer une dépêche en crise diplomatique

Driencourt excelle dans l’art de l’escalade imaginaire : APSFrance 2 → suppression → scandale diplomatique → menace pour l’élection présidentielle française. À lire cela, on s’attend presque à voir Bond et sa vodka martini débarquer pour déjouer un complot algérien à Paris.

Son texte est un manifeste de paranoïa professionnelle : chaque événement concret est interprété comme une preuve de la conspiration mondiale contre lui. Même un simple changement de programme télé devient « la preuve irréfutable que l’Algérie manipule la France ». Il faut admirer le culot : transformer le hasard en complot avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Le narcissisme diplomatique, art majeur de Driencourt

Tout dans ce texte respire l’ego. Tout est centré sur lui. Chaque député, recteur, journaliste ou commentateur critique devient un agent de l’ombre, un complice d’Alger, un relais invisible d’un complot invisible.

Et lui ? Lui, bien sûr, est l’unique voix rationnelle, la seule conscience éclairée dans un monde de naïfs. Son obsession pour l’Algérie devient le fil conducteur d’une tragédie qu’il croit universelle. Mais ne vous y trompez pas : le seul danger réel ici est le narcissisme d’un homme persuadé que le monde entier (sauf le Makhzen du Maroc) conspira contre lui personnellement.

Le rapport de forces, mantra du ridicule

« L’Algérie ne comprend que le rapport de forces. » Phrase répétée comme un mantra, érigée en dogme. Et hop, voilà que la simple vérité du quotidien devient un affront insupportable, un scandale diplomatique, un crime contre l’humanité française du moins dans la logique Driencourt.

Le monde, nous explique-t-il, est une arène où l’Algérie tire les ficelles, et la France est un petit chat apeuré, prêt à se recroqueviller à la moindre grimace. Pendant ce temps, la France réelle, complexe et multiforme, continue de fonctionner, mais peu importe : Driencourt a besoin d’un méchant pour faire briller son héroïsme.

L’humour noir du réel face au pathos

Ce qui est fascinant, c’est la façon dont ce texte se dévore lui-même. Le complot est partout, le narcissisme est central, l’Algérie est omnipotente, la France est naïve. Le lecteur se retrouve pris dans un ballet grotesque où le seul spectacle digne d’intérêt est… le ridicule de l’auteur.

L’ironie est ici noire, douce-amère : Driencourt croit dénoncer une ingérence étrangère, mais il dévoile surtout son obsession, sa mauvaise foi et sa vision manichéenne. Le brûlant parfum du ridicule s’invite à chaque ligne, et laisse une sensation étrange : celle de lire un pamphlet contre soi-même, écrit par quelqu’un qui pense qu’il tient le monde en main.

Conclusion : quand l’ego devient tragédie nationale

À vouloir transformer des contraintes télévisuelles et des dépêches en crime d’État, Driencourt ne ridiculise pas l’Algérie. Il ridiculise sa propre paranoïa, sa propension à victimiser et sa croyance qu’il est le centre de l’univers diplomatique.

L’Algérie, en réalité, n’a rien demandé. Elle n’a rien fait. La France continue, elle, de négocier, de discuter, d’échanger… mais pour Driencourt, seul compte son théâtre intérieur. Son texte est un monument d’auto-glorification paranoïaque, une fresque d’ego démesuré, un opéra-comique écrit à la gloire de lui-même contre le monde.

La morale est limpide : à trop vouloir se poser en martyr, on finit par ne plus être crédible. Et surtout, on offre au lecteur le plus délicieux des plaisirs : la lecture d’un brûlot qui se consume de l’intérieur, de façon aussi cruelle que délicieusement ironique.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Conseil de paix : critique marocaine, diplomatie algérienne

Depuis la publication de certains médias marocains, il semble nécessaire de remettre les pendules à l’heure. Critiquer l’Algérie pour son absence à une invitation ponctuelle relève moins d’une lecture objective que d’une tentative de transformer la visibilité en légitimité. La réalité, elle, est beaucoup plus simple : l’Algérie agit sur le terrain, avec constance et sérieux, tandis que certains cherchent la lumière pour masquer leurs frustrations.

Oui, l’administration américaine a constitué un Conseil de paix destiné à accompagner la stabilisation de Gaza. Mais être invité ne confère ni crédit moral absolu, ni autorité sur les solutions politiques. Critiquer l’Algérie pour sa non-participation ponctuelle est un tour de passe-passe médiatique : il transforme la présence en reconnaissance et la non-présence en prétendue faiblesse. Or l’Algérie a voté le plan américain à l’ONU et soutient activement les initiatives de dialogue et d’aide humanitaire. Elle agit, sans fanfare, sans besoin de gesticulations ni de campagnes de communication.

Le Maroc, dans son empressement à se poser en médiateur exclusif, oublie un principe fondamental de la diplomatie : l’action réelle prime sur la visibilité médiatique. Critiquer Alger pour sa discrétion, c’est confondre mise en scène et efficacité. La diplomatie algérienne ne mesure pas son influence aux invitations ponctuelles mais à la constance et à la crédibilité sur le long terme. Elle ne transforme pas chaque initiative en tribune médiatique et ne cherche pas à instrumentaliser le conflit pour gagner un capital symbolique.

Les médias marocains dénoncent une « manœuvre ambiguë » et estiment le Royaume voisin de supplanter l’Algérie, sans pour autant mentionné le prix du siège occupé. Mais ces accusations occultent la vérité : ce n’est pas l’Algérie qui est absente du dossier palestinien, ni qui cherche la controverse. C’est au contraire une lecture partiale et politisée, qui confond ego et stratégie, visibilité et légitimité.

Le Maroc se vante de son rôle historique et de sa reconnaissance internationale, mais il oublie qu’un Conseil de paix ne peut pas remplacer la constance d’une diplomatie responsable. Critiquer l’Algérie pour sa discrétion revient à inverser les valeurs : la constance et l’efficacité ne se mesurent pas aux caprices médiatiques.

En réalité, l’Algérie reste un acteur central dans le dialogue régional et dans le soutien au peuple palestinien. Elle agit sur le terrain, maintient la cohérence de sa politique et préserve son influence internationale. Les accusations marocaines révèlent moins un déficit algérien qu’un besoin de légitimation médiatique. L’Algérie, elle, construit sa diplomatie avec sérieux et pragmatisme. Elle ne répond pas aux campagnes de bruit, mais aux défis réels.

Moralité : critiquer l’Algérie pour ne pas être sous projecteur, c’est ignorer que la diplomatie se mesure à l’action, pas à l’image. Et sur ce terrain, l’Algérie continue d’avancer, silencieuse mais déterminée, pendant que certains s’épuisent à hurler dans les colonnes. Le problème, une fois encore, n’est pas l’Algérie. Le problème, c’est le Maroc et ses propres contradictions.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le souverain du Makhzen en pleine activité… de fiction

Ou l’art de gouverner un peuple à coups de communiqués enchantés

Il faut un talent rare pour parler d’un peuple sans jamais le regarder. Un art consommé pour invoquer le citoyen tout en l’effaçant. Le dernier communiqué royal sur la Coupe d’Afrique des Nations en est une démonstration magistrale : un long poème officiel où le  Makhzen  triomphe, l’Afrique applaudit, le Roi remercie… pendant que le peuple, lui, reste hors champ, comme un figurant inutile dans sa propre histoire.

Bienvenue dans le royaume d’un Makhzen de la réalité alternative, là où le football sert de rideau, la ferveur populaire de maquillage, et la monarchie de narrateur omniscient.

Un Roi partout, un peuple nulle part

Tout est dit, tout est célébré, tout est béni. Le Makhzen progresse, le modèle est « singulier et performant », le citoyen est « au centre de toutes les ambitions ». Formidable. À tel point qu’on se demande où se cache ce citoyen si central. Dans les quartiers oubliés ? Dans les campagnes asséchées ? Dans les hôpitaux délabrés ? Dans les files du chômage ?

Non. Le sujet marocain du communiqué est un personnage abstrait, une silhouette souriante, utile uniquement pour applaudir, remercier et soutenir. Il n’existe que comme décor émotionnel de la grandeur royale. Un figurant patriote, silencieux et reconnaissant.

La Coupe d’Afrique comme anesthésiant politique

Le procédé est vieux comme les monarchies fatiguées : quand le réel grince, on sort le spectacle. Quand le quotidien brûle, on distribue de la ferveur. Quand les inégalités explosent, on parle de football, d’infrastructures et de « rayonnement continental ».

La CAN devient ainsi un outil de blanchiment politique. Tout succès sportif est recyclé en victoire du Makhzen. Tout cri de joie est interprété comme une approbation tacite du pouvoir. Le ballon rond roule sur les fissures sociales, et l’on espère que personne ne regardera sous le tapis.

L’art royal de l’autosatisfaction permanente

Le texte est une litanie de superlatifs : magnifique, historique, exemplaire, remarquable. À force de s’auto-congratuler, le discours finit par ressembler à une caricature de lui-même. Le Roi remercie, félicite, salue, encourage… comme s’il se parlait à lui-même à travers un miroir officiel.

Et quand surgissent des incidents, violences, débordements, tensions, ils deviennent aussitôt de simples « épisodes malheureux », presque poétiques, aussitôt dissous dans la « fraternité interafricaine ». Le réel dérange ? On le dilue. La colère existe ? On la nie. Le malaise social ? Inexistant dans la prose royale.

Le déni comme méthode de gouvernement

La phrase est révélatrice : face au « dénigrement », le Makhzen et son  Roi sont « persuadés que les desseins hostiles ne parviendront jamais à leurs fins ». Traduction : toute critique est hostile, toute contestation est suspecte, toute voix dissonante est un complot.

C’est la vieille recette autoritaire : disqualifier la critique avant même qu’elle ne parle. Transformer le désaccord en trahison. Présenter la monarchie comme éternellement vertueuse, donc éternellement innocente.

La proximité imaginaire d’un Roi lointain

On nous parle de « proximité cultivée au fil des siècles ». Belle formule. Presque poétique. Mais à force d’être répétée, elle sonne creux. La proximité proclamée n’est qu’un slogan quand elle ne se traduit ni par justice sociale, ni par égalité réelle, ni par dignité vécue.

Le Makhzen parle au peuple, jamais avec lui. il le célèbre à distance, comme on célèbre une foule depuis un balcon : avec chaleur, mais sans contact.

Conclusion : le mensonge en costume d’apparat

Ce communiqué n’est pas un message. C’est une mise en scène. Une chorégraphie verbale où le Roi incarne à la fois le visionnaire, le bâtisseur, le rassembleur et le sage africain pendant que le peuple, lui, continue de vivre hors du texte, hors du cadre, hors de la fête.

À force de peindre un Maroc irréel, le pouvoir finit par avouer son plus grand aveu : il ne regarde plus le pays tel qu’il est, mais tel qu’il voudrait qu’on le croie.

Et c’est là que le rire devient noir. Car pendant que le discours royal s’auto-congratule, le réel, lui, n’applaudit plus. Il attend. Il observe. Et il n’oublie pas.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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