Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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La vue du Makhzen sur l’Algérie : une haine éditoriale rentable !

Ce texte n’aurait jamais été écrit si le projet avait été marocain mais la presse courtisane du Makhzen mène une guerre narrative, pas un débat économique non pour se défendre, mais pour affaiblir symboliquement un État voisin. Sous couvert d’analyse économique et de défense de la rationalité, une partie de la presse marocaine mène une offensive permanente contre l’Algérie, transformant chaque projet, chaque débat et chaque controverse interne en preuve supposée d’échec et de faillite. Cette tribune démonte les procédés, les biais et l’hypocrisie d’un journalisme devenu militant, obsédé par le voisin algérien et incapable de tolérer son existence hors du récit de l’effondrement permanent.

Chronique : Il existe, dans une partie bien identifiée de la presse marocaine, une passion dévorante, exclusive, presque intime : l’Algérie. Elle y pense au réveil, l’invoque à midi, la dissèque le soir. L’Algérie n’est plus un pays voisin : c’est une fixation éditoriale, un symptôme chronique, une rente narrative. Sans elle, ces journaux n’auraient plus grand-chose à dire ni parfois à vendre.

Prenons n’importe quel projet algérien : une route, un port, une mine, une raffinerie, une centrale électrique. Avant même la première pierre, le verdict est déjà rendu depuis Rabat : fiasco, scandale, folie, panique du régime. L’analyse vient après, si elle vient. Les faits sont accessoires. L’objectif est constant : prouver que l’Algérie n’a pas le droit d’avoir une ambition sans être ridiculisée.

L’affaire Djelloul Slama est un cas d’école. Une rumeur devient une certitude. Une disparition non élucidée se transforme en « enlèvement présidentiel ». Une hypothèse devient une accusation. Et l’accusation devient un éditorial. Le tout servi avec cette assurance typique de ceux qui n’ont jamais besoin de prouver ce qu’ils affirment, puisqu’ils parlent toujours du même pays, toujours dans le même sens.

La presse du Makhzen ne rapporte pas les faits : elle instruit des procès par avance. Elle ne décrit pas l’Algérie : elle la caricature. Elle ne critique pas des politiques publiques : elle nie la légitimité même de l’État algérien à en avoir. Le procédé est désormais rodé, presque industriel.

D’abord, personnaliser à outrance : tout devient l’œuvre d’un seul homme, caricaturé en despote nerveux, isolé, irrationnel. Ensuite, psychologiser le pouvoir : on ne parle plus de choix stratégiques, mais de « lubies », de « paranoïa », de « folie ». Puis, moraliser l’économie : un projet coûteux n’est pas risqué, il est immoral ; un pari industriel n’est pas discutable, il est criminel.

Enfin, et surtout, s’auto-proclamer camp de la rationalité. La presse du Makhzen adore enfiler la blouse blanche de l’expert neutre, du technocrate éclairé, du journaliste responsable. Elle invoque les chiffres quand ils servent, les ignore quand ils dérangent. Elle célèbre l’investissement massif quand il est marocain, le dénonce comme une fuite en avant quand il est algérien.

Un port marocain à plusieurs milliards ? Vision stratégique nous dit-on !                                             Un TGV déficitaire ? Pari d’avenir, pari de modernité !
Une zone industrielle sous-utilisée ? Ajustement conjoncturel mais rentable !

Une mine algérienne nécessitant des infrastructures lourdes ? Délire mégalomane.
Une stratégie de long terme ? Escroquerie.
Un projet structurant ? Propagande.

Ce n’est pas de l’économie pour cette presse du Makhzen, c’est surtout du chauvinisme comptable.

Ce que cette presse ne supporte pas, au fond, ce n’est ni le Président Algérien, ni l’Armée Algérienne, ni même l’Algérie. C’est une chose plus insupportable encore : l’idée que l’Algérie puisse échouer par elle-même, apprendre par elle-même, persister par elle-même. Elle voudrait lui refuser jusqu’au droit à l’erreur, ce luxe pourtant accordé à tous les pays qui se développent réellement. Car derrière la posture morale se cache une angoisse mal dissimulée :
et si l’Algérie, malgré ses lenteurs, malgré ses contradictions, malgré ses paris coûteux, finissait par consolider une base industrielle réelle ?

Alors on tire avant que ça pousse. On discrédite avant que ça produise. On enterre symboliquement avant que ça n’existe. La presse du Makhzen ne surveille pas l’Algérie : elle la scrute avec inquiétude. Elle ne l’analyse pas : elle la surveille comme un rival. Et surtout, elle parle d’elle sans jamais la laisser parler.

Le plus ironique, dans cette croisade médiatique, c’est qu’elle prétend défendre la rationalité, la liberté d’expression, l’expertise tout en pratiquant l’assignation idéologique permanente. Toute voix algérienne est soit un propagandiste, soit un dissident utile. Jamais un acteur sincère. Jamais un débat interne légitime.

À force de dénoncer la propagande algérienne, le presse courtisane du Makhzen est devenue sa propre caricature : prévisible, obsessionnelle, monotone. Elle ne produit plus de journalisme, mais une liturgie hostile, répétée jour après jour, article après article, comme pour se convaincre elle-même.

L’Algérie n’a pas besoin d’être idéalisée. Elle n’a pas besoin d’être défendue aveuglément.
Elle a besoin d’être regardée avec sérieux.

Mais cela supposerait, côté marocain, d’accepter une chose insupportable : que l’Algérie existe autrement que comme un échec annoncé et c’est précisément ce que le Makhzen ne pardonnera jamais.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/